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Acte IV, scène 7

De Guiche revient de l’inspection et renifle : cela sent bon. Les cadets font diversion en chantant et en jouant les innocents. Il annonce qu’un canon a été amené dans le camp, constate qu’on lui cache quelque chose, et finit par rester, décidant de partager le sort de la compagnie. À l’écart, Christian apprend de Cyrano combien de lettres sont parties, tous les jours, deux fois.

Deux scènes se superposent : une comédie de dissimulation à l’avant-plan, une découverte grave à l’arrière. L’équilibre est délicat, car le rire du groupe ne doit pas couvrir la conversation qui décide de la suite. Le retournement de De Guiche, qui choisit de rester, ne vaut que s’il a été joué jusque-là comme un homme réellement menacé dans son orgueil.

66 répliques, la plupart courtes, avec beaucoup de fausses réponses et de bruits couverts. La mémorisation est facile, la coordination l’est beaucoup moins. Scène de groupe, utile en atelier pour travailler la simultanéité de deux plans de jeu.

66 répliquesEdmond Rostand

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Le texte
tes répliques
DE GUICHE

Cela sent bon.

UN CADET

To lo lo !…

DE GUICHE

Qu’avez-vous, vous ?… Vous êtes tout rouge !

LE CADET

Moi ?… Mais rien. C’est le sang. On va se battre : il bouge !

UN AUTRE

Poum… poum… poum…

DE GUICHE

Qu’est cela ?

LE CADET

Rien ! C’est une chanson ! Une petite…

DE GUICHE

Vous êtes gai, mon garçon !

LE CADET

L’approche du danger !

DE GUICHE

Capitaine ! je… (Il s’arrête en le voyant.) Peste ! Vous avez bonne mine aussi !

CARBON

Oh !…

DE GUICHE

Il me reste Un canon que j’ai fait porter… (Il montre un endroit dans la coulisse.) là, dans ce coin, Et vos hommes pourront s’en servir au besoin.

UN CADET

Charmante attention !

UN AUTRE

Douce sollicitude !

DE GUICHE

Ah çà ! mais ils sont fous ! — (Sèchement.) N’ayant pas l’habitude Du canon, prenez garde au recul.

LE PREMIER CADET

Ah ! pfftt !

DE GUICHE

Mais !…

LE CADET

Le canon des Gascons ne recule jamais !

DE GUICHE

Vous êtes gris !… De quoi ?

LE CADET

De l’odeur de la poudre !

DE GUICHE

Vite, à quoi daignez-vous, madame, vous résoudre ?

ROXANE

Je reste !

DE GUICHE

Fuyez !

ROXANE

Non !

DE GUICHE

Puisqu’il en est ainsi, Qu’on me donne un mousquet !

CARBON

Comment ?

DE GUICHE

Je reste aussi.

CYRANO

Enfin, Monsieur ! voilà de la bravoure pure !

PREMIER CADET

Seriez-vous un Gascon malgré votre guipure ?

ROXANE

Quoi… !

DE GUICHE

Je ne quitte pas une femme en danger.

DEUXIÈME CADET

Dis donc ! Je crois qu’on peut lui donner à manger ! (Toutes les victuailles reparaissent comme par enchantement.)

DE GUICHE

Des vivres !

UN TROISIÈME CADET

Il en sort de sous toutes les vestes !

DE GUICHE

Est-ce que vous croyez que je mange vos restes !

CYRANO

Vous faites des progrès !

DE GUICHE

Je vais me battre à jeun !

PREMIER CADET

À jeung ! Il vient d’avoir l’accent !

DE GUICHE

Moi !

LE CADET

C’en est un ! (Ils se mettent tous à danser.)

CARBON

J’ai rangé mes piquiers, leur troupe est résolue ! (Il montre une ligne de piques qui dépasse la crête.)

DE GUICHE

Acceptez-vous ma main pour passer leur revue ?… (Elle la prend, ils remontent vers le talus. Tout le monde se découvre et les suit.)

CHRISTIAN

Parle vite ! (Au moment où Roxane paraît sur la crête, les lances disparaissent, abaissées pour le salut, un cri s’élève : elle s’incline.)

LES PIQUIERS

Vivat !

CHRISTIAN

Quel était ce secret !

CYRANO

Dans le cas où Roxane…

CHRISTIAN

Eh bien ?

CYRANO

Te parlerait Des lettres ?

CHRISTIAN

Oui, je sais !…

CYRANO

Ne fais pas la sottise De t’étonner…

CHRISTIAN

De quoi ?

CYRANO

Il faut que je te dise !… Oh ! mon Dieu, c’est tout simple, et j’y pense aujourd’hui En la voyant. Tu lui…

CHRISTIAN

Parle vite !

CYRANO

Tu lui… As écrit plus souvent que tu ne crois.

CHRISTIAN

Hein ?

CYRANO

Dame ! Je m’en étais chargé : J’interprétais ta flamme ! J’écrivais quelquefois sans te dire : j’écris !

CHRISTIAN

Ah ?

CYRANO

C’est tout simple !

CHRISTIAN

Mais comment t’y es-tu pris, Depuis qu’on est bloqué pour ?…

CYRANO

Oh !… avant l’aurore Je pouvais traverser…

CHRISTIAN

Ah ! c’est tout simple encore ? Et qu’ai-je écrit de fois par semaine ?… Deux ? — Trois ?… Quatre ? —

CYRANO

Plus.

CHRISTIAN

Tous les jours ?

CYRANO

Oui, tous les jours. — Deux fois.

CHRISTIAN

Et cela t’enivrait, et l’ivresse était telle Que tu bravais la mort…

CYRANO

Tais-toi ! Pas devant elle ! (Il rentre vivement dans sa tente.)