Scène
Acte III, scène 5
Par Edmond Rostand
Roxane revient de chez la voisine, congédie ses connaissances et s’assoit avec Christian dans le soir qui tombe : parlez, j’écoute. Il ne trouve que « je vous aime », qu’il répète en variant à peine. Elle réclame des broderies, s’agace, puis prend la sécheresse pour de la fatuité et lui ferme la porte au nez. Cyrano, sorti de l’ombre, constate le succès.
La scène est un naufrage, et il faut le jouer en temps réel. La difficulté tient à la répétition : dire quatre fois la même chose sans que le spectateur décroche suppose que chaque tentative parte d’un endroit différent. Roxane, de son côté, doit vraiment attendre quelque chose, sinon la déception n’est qu’un caprice de précieuse.
33 répliques, la plupart très courtes, avec des vers découpés en trois ou quatre. Le texte est peu volumineux mais traître à mémoriser, précisément parce qu’il tourne autour des mêmes mots. Duo bref et redoutable, souvent proposé en cours et en atelier pour travailler l’échec et le silence.
Chapitre : Acte III
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Parlez tout seul, Monsieur.Barthénoïde ! — Alcandre ! — Grémione !…
Grémione !…On a manqué le discours sur le Tendre ! ((Elle rentre chez Roxane.))
Urimédonte… Adieu !… ((Tous saluent Roxane, se resaluent entre eux, se séparent et s’éloignent par différentes rues. Roxane voit Christian.)) Urimédonte… Adieu !…C’est vous !… Urimédonte… Adieu !…C’est vous !
…(Elle va à lui.) Urimédonte… Adieu !…C’est vous !…Le soir descend. Attendez. Ils sont loin. L’air est doux. Nul passant. Asseyons-nous. Parlez. J’écoute.
Asseyons-nous. Parlez. J’écoute.Je vous aime.
Oui, parlez-moi d’amour.
Oui, parlez-moi d’amour.Je t’aime.
Oui, parlez-moi d’amour.Je t’aime.C’est le thème. Brodez, brodez.
Brodez, brodez.Je vous…
Brodez, brodez.Je vous…Brodez !
Brodez, brodez.Je vous…Brodez !Je t’aime tant.
Sans doute. Et puis ?
Sans doute. Et puis ?Et puis… je serais si content Si vous m’aimiez ! — Dis-moi, Roxane, que tu m’aimes !
Vous m’offrez du brouet quand j’espérais des crèmes ! Dites un peu comment vous m’aimez ?…
Dites un peu comment vous m’aimez ?…Mais… beaucoup.
Oh !… Délabyrinthez vos sentiments !
Oh !… Délabyrinthez vos sentiments !Ton cou ! Je voudrais l’embrasser !…
Je voudrais l’embrasser !…Christian !
Je voudrais l’embrasser !…Christian !Je t’aime !
Je voudrais l’embrasser !…Christian !Je t’aime !Encore !
Non ! je ne t’aime pas !
Non, je ne t’aime pas !C’est heureux.
Non, je ne t’aime pas !C’est heureux.Je t’adore !
Oh !
Oh !Oui… je deviens sot !
Oh !Oui… je deviens sot !Et cela me déplaît ! Comme il me déplairait que vous devinssiez laid.
Mais…
Mais…Allez rassembler votre éloquence en fuite !
Je…Vous m’aimez, je sais. Adieu. ((Elle va vers la maison.))
Je…Vous m’aimez, je sais. Adieu.Pas tout de suite ! Je vous dirai…
Je vous dirai…Que vous m’adorez… oui, je sais. Non ! non ! Allez-vous-en !
Non ! non ! Allez-vous-en !Mais je… ((Elle lui ferme la porte au nez.))
Non ! non ! Allez-vous-en !Mais je…C’est un succès.