Scène
Acte III, scène 11
Par Edmond Rostand
Le capucin revient, cette fois avec la bonne adresse, et remet une lettre de De Guiche. Roxane la lit à voix basse, comprend qu’il annonce sa venue immédiate, et improvise à haute voix une lecture toute différente : le prélat ordonne, dit-elle, qu’on la marie sur-le-champ. Le capucin s’exécute, le mariage se prépare, et Cyrano promet de retenir l’importun le temps qu’il faudra.
Une scène de fraude en direct. Toute la difficulté tient à la fausse lecture : le texte inventé doit sembler couler de source, avec des hésitations vraisemblables, pendant que Christian et Cyrano suivent sans comprendre. Si l’effronterie est trop visible, la crédulité du religieux devient invraisemblable et la scène s’écroule.
31 répliques, dont deux longues séquences de lecture pour Roxane, l’une réelle et l’autre fabriquée. Le risque de mémorisation est précisément de confondre les deux versions. Scène à quatre, appréciée en atelier pour le travail sur l’improvisation feinte ; utilisable en audition en isolant la partie de Roxane.
Chapitre : Acte III
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Je descends !Oh ! encor !C’est ici, — je m’obstine — Magdeleine Robin !
Magdeleine Robin !Vous aviez dit : Ro-lin.
Non : Bin. B, i, n, bin !
Non : bin. B, i, n, bin !Qu’est-ce ?
Non : bin. B, i, n, bin !Qu’est-ce ?Une lettre.
Oh ! il ne peut s’agir que d’une sainte chose ! C’est un digne seigneur qui…
C’est un digne seigneur qui…C’est De Guiche !
C’est un digne seigneur qui…C’est De Guiche !Il ose ?…
Oh ! mais il ne va pas m’importuner toujours ! ((Décachetant la lettre.)) Je t’aime, et si… ((À la lueur de la lanterne de Ragueneau, elle lit, à l’écart, à voix basse.))
Je t’aime, et si…« Mademoiselle, les tambours Battent ; mon régiment boucle sa soubreveste ; Il part ; moi, l’on me croit déjà parti : je reste. Je vous désobéis. Je suis dans ce couvent.
Je vais venir, et vous le mande auparavant Par un religieux simple comme une chèvre Qui ne peut rien comprendre à ceci. Votre lèvre M’a trop souri tantôt : j’ai voulu la revoir.
L’audacieux déjà pardonné, je l’espère, Qui signe votre très… et cætera…» Qui signe votre très… et cætera…"(Au capucin.) Qui signe votre très… et cætera…"Mon père, Voici ce que me dit cette lettre. Écoutez.
((Tous se rapprochent, elle lit à haute voix.)) « Mademoiselle, Mademoiselle,Il faut souscrire aux volontés Du cardinal, si dur que cela vous puisse être.
C’est la raison pourquoi j’ai fait choix, pour remettre Ces lignes en vos mains charmantes, d’un très saint, D’un très intelligent et discret capucin ;
Nous voulons qu’il vous donne, et dans votre demeure, La bénédiction ((Elle tourne la page.)) La bénédictionnuptiale sur l’heure. Christian doit en secret devenir votre époux ; Je vous l’envoie. Il vous déplaît.
Résignez-vous. Songez bien que le ciel bénira votre zèle, Et tenez pour tout assuré, Mademoiselle, Le respect de celui qui fut et qui sera Toujours votre très humble et très… et cætera. »
Digne seigneur !… Je l’avais dit. J’étais sans crainte ! Il ne pouvait s’agir que d’une chose sainte !
N’est-ce pas que je lis très bien les lettres ?
N’est-ce pas que je lis très bien les lettres ?Hum !
Ah !… c’est affreux !
Ah !… c’est affreux !C’est vous ?
Ah !… c’est affreux !C’est vous ?C’est moi !
Ah !… c’est affreux !C’est vous ?C’est moi !Mais…
Ah !… c’est affreux !C’est vous ?C’est moi !Mais…Post-scriptum « Donnez pour le couvent cent vingt pistoles. »
"Donnez pour le couvent cent vingt pistoles."Digne, Digne seigneur ! ((À Roxane.)) Digne seigneur !Résignez-vous !
Digne seigneur !Résignez-vous !Je me résigne ! ((Pendant que Ragueneau ouvre la porte au capucin que Christian invite à entrer, elle dit bas à Cyrano.)) Vous retenez ici De Guiche ! Il va venir !
Qu’il n’entre pas tant que…
Qu’il n’entre pas tant que…Compris ! Qu’il n’entre pas tant que…Compris !(Au capucin.) Qu’il n’entre pas tant que…Compris !Pour les bénir Il vous faut ?…
Il vous faut ?…Un quart d’heure.
Il vous faut ?…Un quart d’heure.Allez ! moi, je demeure !
Viens !… Viens !…(Ils entrent.)