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Acte IV, scène 5

Roxane descend du carrosse au milieu du camp affamé, salue tout le monde, se fait avancer un tambour pour s’asseoir et raconte en riant qu’une patrouille a tiré sur sa voiture. Elle a traversé les lignes en se réclamant du service du Roi, c’est-à-dire de l’Amour. De Guiche lui ordonne de repartir, elle refuse, et il sort inspecter ses canons en la mettant en garde.

Une irruption qui fait basculer le ton de l’acte. La légèreté de Roxane doit être réelle et non jouée, et c’est ce qui la rend insupportable aux hommes qui savent ce qui vient. Chacun autour d’elle porte une information qu’elle ignore ; la scène fonctionne dans cet écart, et s’effondre si l’on souligne le danger dès son entrée.

60 répliques, avec une belle part pour Roxane et de nombreuses interventions courtes des cadets et des officiers. Les récits qu’elle fait s’apprennent en blocs, les relances collectives demandent un repérage précis. Scène de groupe autour d’un rôle féminin de premier plan, utile en atelier et en cours.

60 répliquesEdmond Rostand

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Le texte
tes répliques
DE GUICHE

Service du Roi ! Vous ?

ROXANE

Mais du seul roi, l’Amour !

CYRANO

Ah ! grand Dieu !

CHRISTIAN

Vous ! Pourquoi ?

ROXANE

C’était trop long, ce siège !

CHRISTIAN

Pourquoi ?…

ROXANE

Je te dirai !

CYRANO

Dieu ! La regarderai-je ?

DE GUICHE

Vous ne pouvez rester ici !

ROXANE

Mais si ! mais si ! Voulez-vous m’avancer un tambour ?… (Elle s’assied sur un tambour qu’on avance.) Là, merci ! (Elle rit.) On a tiré sur mon carrosse !

ROXANE

(Fièrement.) Une patrouille ! — Il a l’air d’être fait avec une citrouille, N’est-ce pas ? comme dans le conte, et les laquais Avec des rats. (Envoyant des lèvres un baiser à Christian.)

ROXANE

Bonjour ! (Les regardant tous.) Vous n’avez pas l’air gais ! — Savez-vous que c’est loin, Arras ? (Apercevant Cyrano.) — Savez-vous que c’est loin, Arras ?

ROXANE

Cousin, charmée !

CYRANO

Ah çà ! comment ?…

ROXANE

Comment j’ai retrouvé l’armée ? Oh ! mon Dieu, mon ami, mais c’est tout simple : j’ai Marché tant que j’ai vu le pays ravagé. Ah ! ces horreurs, il a fallu que je les visse Pour y croire !

ROXANE

Messieurs, si c’est là le service De votre Roi, le mien vaut mieux !

CYRANO

Voyons, c’est fou ! Par où diable avez-vous bien pu passer ?

ROXANE

Par où ? Par chez les Espagnols.

PREMIER CADET

Ah ! Qu’elles sont malignes !

DE GUICHE

Comment avez-vous fait pour traverser leurs lignes ?

LE BRET

Cela dut être très difficile !…

ROXANE

Pas trop. J’ai simplement passé dans mon carrosse, au trot.

ROXANE

Si quelque hidalgo montrait sa mine altière, Je mettais mon plus beau sourire à la portière, Et ces messieurs étant, n’en déplaise aux Français, Les plus galantes gens du monde, — je passais !

CARBON

Oui, c’est un passeport, certes que ce sourire ! Mais on a fréquemment dû vous sommer de dire Où vous alliez ainsi, madame ?

ROXANE

Fréquemment. Alors je répondais : « Je vais voir mon amant.

ROXANE

» — Aussitôt l’Espagnol à l’air le plus féroce Refermait gravement la porte du carrosse, D’un geste de la main à faire envie au Roi Relevait les mousquets déjà pointés sur moi, Et superbe de grâce, à la fois, et de morgue, L’ergot tendu sous la dentelle en tuyau d’orgue, Le feutre au vent pour que la plume palpitât, S’inclinait en disant : « Passez, señorita !

CHRISTIAN

Mais, Roxane…

ROXANE

J’ai dit : mon amant, oui… pardonne ! Tu comprends, si j’avais dit : mon mari, personne Ne m’eût laissé passer !

CHRISTIAN

Mais…

ROXANE

Qu’avez-vous ?

DE GUICHE

Il faut Vous en aller d’ici !

ROXANE

Moi ?

CYRANO

Bien vite !

LE BRET

Au plus tôt !

CHRISTIAN

Oui !

ROXANE

Mais comment ?

CHRISTIAN

C’est que…

CYRANO

Dans trois quarts d’heure…

DE GUICHE

… ou quatre…

CARBON

Il vaut mieux…

LE BRET

Vous pourriez…

ROXANE

Je reste. On va se battre.

TOUS

Oh ! non !

ROXANE

C’est mon mari ! (Elle se jette dans les bras de Christian.) Qu’on me tue avec toi !

CHRISTIAN

Mais quels yeux vous avez !

ROXANE

Je te dirai pourquoi !

DE GUICHE

C’est un poste terrible !

ROXANE

Hein ! terrible ?

CYRANO

Et la preuve C’est qu’il nous l’a donné !

ROXANE

Ah ! vous me vouliez veuve ?

DE GUICHE

Oh ! je vous jure !…

ROXANE

Non ! Je suis folle à présent ! Et je ne m’en vais plus ! D’ailleurs, c’est amusant.

CYRANO

Eh quoi ! la précieuse était une héroïne ?

ROXANE

Monsieur de Bergerac, je suis votre cousine.

UN CADET

Nous vous défendrons bien !

ROXANE

Je le crois, mes amis !

UN AUTRE

Tout le camp sent l’iris !

ROXANE

Et j’ai justement mis Un chapeau qui fera très bien dans la bataille !… (Regardant de Guiche.) Mais peut-être est-il temps que le comte s’en aille : On pourrait commencer.

DE GUICHE

Ah ! c’en est trop ! Je vais Inspecter mes canons, et reviens… Vous avez Le temps encor : changez d’avis !

ROXANE

Jamais ! (De Guiche sort.)