Scène
Acte II, scène 3
Par Edmond Rostand
Cyrano entre brusquement dans la boutique et demande l’heure : il attend quelqu’un dans une heure. Ragueneau, enthousiaste, veut lui faire raconter le duel en vers de la veille et cite la ballade ; Lise remarque une estafilade à sa main. Cyrano élude, réclame une plume, demande l’heure encore, renonce à parler puis se résout à écrire la lettre d’amour qu’il porte en lui depuis longtemps.
La scène est bâtie sur une horloge. Chaque « quelle heure ? » relance la tension, pendant que l’admiration de Ragueneau et la curiosité de Lise viennent buter contre un homme occupé ailleurs. Le comédien doit tenir cette distraction sans la jouer absente : c’est l’attente d’un rendez-vous, pas de l’indifférence.
36 répliques en alexandrins, souvent partagées, avec un mouvement final où Cyrano parle presque seul en s’interrompant. Les reprises d’hémistiches d’une réplique à l’autre demandent un repérage précis. Scène courte à trois ou quatre, utile en cours pour travailler un état intérieur sous une conversation ordinaire.
Chapitre : Acte II
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
« Philis !… »Quelle heure est-il ?
« Philis !… »Quelle heure est-il ?Six heures.
« Philis !… »Quelle heure est-il ?Six heures.Dans une heure ! ((Il va et vient dans la boutique.))
Bravo ? J’ai vu…
Bravo ? J’ai vu…Quoi donc !
Bravo ? J’ai vu…Quoi donc !Votre combat !…
Bravo ? J’ai vu…Quoi donc !Votre combat !…Lequel ?
Celui de l’Hôtel de Bourgogne !
Celui de l’Hôtel de Bourgogne !Ah !… Le duel !…
Oui, le duel en vers !…
Oui, le duel en vers !…Il en a plein la bouche !
Allons ! tant mieux !
Allons ! tant mieux !« À la fin de l’envoi, je touche !… À la fin de l’envoi, je touche !… » Que c’est beau ! ((Avec un enthousiasme croissant.)) « À la fin de l’envoi… »
« À la fin de l’envoi… »Quelle heure, Ragueneau ?
Six heures cinq !… « … Je touche ! » ((Il se relève.)) Six heures cinq !… « …Je touche ! » … Oh ! faire une ballade
Qu’avez-vous à la main ?
Qu’avez-vous à la main ?Rien. Une estafilade.
Courûtes-vous quelque péril ?
Courûtes-vous quelque péril ?Aucun péril.
Je crois que vous mentez !
Je crois que vous mentez !Mon nez remuerait-il ? Il faudrait que ce fût pour un mensonge énorme ! ((Changeant de ton.)) J’attends ici quelqu’un. Si ce n’est pas sous l’orme, Vous nous laisserez seuls.
Vous nous laisserez seuls.C’est que je ne peux pas ; Mes rimeurs vont venir…
Mes rimeurs vont venir…Pour leur premier repas.
Tu les éloigneras quand je te ferai signe… L’heure ?
L’heure ?Six heures dix.
L’heure ?Six heures dix.Une plume ?…
L’heure ?Six heures dix.Une plume ?…De cygne.
Salut ! Salut !(Lise remonte vivement vers lui.)
Salut !Qu’est-ce ?
Salut !Qu’est-ce ?Un ami de ma femme. Un guerrier Terrible, — à ce qu’il dit !…
Terrible, — à ce qu’il dit !…Chut !… Écrire, — plier, — ((À lui-même.)) Lui donner, — me sauver… ((Jetant la plume.)) Lui donner, -me sauver…Lâche !
… Mais que je meure, Si j’ose lui parler, lui dire un seul mot… ((À Ragueneau.)) Si j’ose lui parler, lui dire un seul mot…L’heure ?
Six et quart !…
Six et quart !……un seul mot de tous ceux que j’ai là ! Tandis qu’en écrivant… Tandis qu’en écrivant…(Il reprend la plume.) Tandis qu’en écrivant…Eh bien !
écrivons-la, Cette lettre d’amour qu’en moi-même j’ai faite Et refaite cent fois, de sorte qu’elle est prête, Et que mettant mon âme à côté du papier, Je n’ai tout simplement qu’à la recopier. ((Il écrit.
— Derrière le vitrage de la porte on voit s’agiter des silhouettes maigres et hésitantes.))