La ballade du duel
Cyrano entre brusquement dans la boutique et demande l’heure : il attend quelqu’un dans une heure. Ragueneau, enthousiaste, veut lui faire raconter le duel en vers de la veille et cite la ballade ; Lise remarque une estafilade à sa main. Cyrano élude, réclame une plume, demande l’heure encore, renonce à parler puis se résout à écrire la lettre d’amour qu’il porte en lui depuis longtemps.
La scène est bâtie sur une horloge. Chaque « quelle heure ? » relance la tension, pendant que l’admiration de Ragueneau et la curiosité de Lise viennent buter contre un homme occupé ailleurs. Le comédien doit tenir cette distraction sans la jouer absente : c’est l’attente d’un rendez-vous, pas de l’indifférence.
36 répliques en alexandrins, souvent partagées, avec un mouvement final où Cyrano parle presque seul en s’interrompant. Les reprises d’hémistiches d’une réplique à l’autre demandent un repérage précis. Scène courte à trois ou quatre, utile en cours pour travailler un état intérieur sous une conversation ordinaire.
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Créer un compte gratuit pour téléchargerQuelle heure est-il ?
Six heures.
Dans une heure ! (Il va et vient dans la boutique.)
Bravo ? J’ai vu…
Quoi donc !
Votre combat !…
Lequel ?
Celui de l’Hôtel de Bourgogne !
Ah !… Le duel !…
Oui, le duel en vers !…
Il en a plein la bouche !
Allons ! tant mieux !
« À la fin de l’envoi, je touche !… À la fin de l’envoi, je touche !… » Que c’est beau ! (Avec un enthousiasme croissant.) « À la fin de l’envoi… »
Quelle heure, Ragueneau ?
Six heures cinq !… « … Je touche ! » (Il se relève.) Six heures cinq !… « …Je touche ! » … Oh ! faire une ballade
Qu’avez-vous à la main ?
Rien. Une estafilade.
Courûtes-vous quelque péril ?
Aucun péril.
Je crois que vous mentez !
Mon nez remuerait-il ? Il faudrait que ce fût pour un mensonge énorme ! (Changeant de ton.) J’attends ici quelqu’un. Si ce n’est pas sous l’orme, Vous nous laisserez seuls.
C’est que je ne peux pas ; Mes rimeurs vont venir…
Pour leur premier repas.
Tu les éloigneras quand je te ferai signe… L’heure ?
Six heures dix.
Une plume ?…
De cygne.
Salut ! (Lise remonte vivement vers lui.)
Qu’est-ce ?
Un ami de ma femme. Un guerrier Terrible, — à ce qu’il dit !…
Chut !… Écrire, — plier, — (À lui-même.) Lui donner, — me sauver… (Jetant la plume.) Lui donner, -me sauver…Lâche !
… Mais que je meure, Si j’ose lui parler, lui dire un seul mot… (À Ragueneau.) L’heure ?
Six et quart !…
…un seul mot de tous ceux que j’ai là ! Tandis qu’en écrivant… (Il reprend la plume.) Tandis qu’en écrivant…Eh bien !
écrivons-la, Cette lettre d’amour qu’en moi-même j’ai faite Et refaite cent fois, de sorte qu’elle est prête, Et que mettant mon âme à côté du papier, Je n’ai tout simplement qu’à la recopier. ((Il écrit.
— Derrière le vitrage de la porte on voit s’agiter des silhouettes maigres et hésitantes.))