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Acte III, scène 2

De Guiche vient prendre congé : il part le soir même pour le siège d’Arras, nommé mestre de camp du régiment où sert le cousin de Roxane. Il propose une dernière entrevue. Roxane feint l’inquiétude, puis retourne la situation : pour se venger de Cyrano, dit-elle, qu’il laisse les cadets à Paris. De Guiche, flatté, accepte et croit y voir une déclaration.

Une scène de manœuvre pure, où l’un croit conduire l’entretien pendant que l’autre le déplace pas à pas. Tout repose sur le double niveau : ce que Roxane dit, ce qu’elle vise. Le comédien qui joue De Guiche doit rester dangereux et intelligent, sinon la ruse ne vaut rien ; la partenaire doit inventer devant lui, sans laisser voir le plan à l’avance.

64 répliques en alexandrins, très souvent partagées, avec des séquences d’exclamations brèves puis des développements plus longs. Les nombreuses reprises d’hémistiches réclament un apprentissage attentif. Duo de choix pour un travail de cours sur la stratégie et le sous-texte, et fréquent en audition féminine.

64 répliquesEdmond Rostand

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Le texte
tes répliques
ROXANE

Bien ! bien ! bien ! Je sortais.

DE GUICHE

Je viens prendre congé.

ROXANE

Vous partez ?

DE GUICHE

Pour la guerre.

ROXANE

Ah !

DE GUICHE

Ce soir même.

ROXANE

Ah !

DE GUICHE

J’ai Des ordres. On assiège Arras.

ROXANE

Ah !… on assiège ?…

DE GUICHE

Oui… Mon départ a l’air de vous laisser de neige.

ROXANE

Oh !…

DE GUICHE

Moi, je suis navré. Vous reverrai-je ?… Quand ? — Vous savez que je suis nommé mestre de camp ?

ROXANE

Bravo.

DE GUICHE

Du régiment des gardes.

ROXANE

Ah ! des gardes ?

DE GUICHE

Où sert votre cousin, l’homme aux phrases vantardes. Je saurai me venger de lui, là-bas.

ROXANE

Comment ! Les gardes vont là-bas ?

DE GUICHE

Tiens ! c’est mon régiment !

ROXANE

Christian !

DE GUICHE

Qu’avez-vous ?

ROXANE

Ce… départ… me désespère ! Quand on tient à quelqu’un, le savoir à la guerre !

DE GUICHE

Pour la première fois me dire un mot si doux, Le jour de mon départ !

ROXANE

Alors, — vous allez vous Venger de mon cousin ?…

DE GUICHE

On est pour lui ?

ROXANE

Non, — contre !

DE GUICHE

Vous le voyez ?

ROXANE

Très peu.

DE GUICHE

Partout on le rencontre Avec un des cadets… (Il cherche le nom.) Avec un des cadets… ce Neu… villen… viller…

ROXANE

Un grand ?

DE GUICHE

Blond.

ROXANE

Roux.

DE GUICHE

Beau !

ROXANE

Peuh !

DE GUICHE

Mais bête.

ROXANE

Il en a l’air ! (Changeant de ton.) … Votre vengeance envers Cyrano, — c’est peut-être De l’exposer au feu, qu’il adore ?… Elle est piètre !

ROXANE

Je sais bien, moi, ce qui lui serait sanglant !

DE GUICHE

C’est ?…

ROXANE

Mais si le régiment, en partant, le laissait Avec ses chers cadets, pendant toute la guerre, À Paris, bras croisés !… C’est la seule manière, Un homme comme lui, de le faire enrager : Vous voulez le punir ?

ROXANE

privez-le de danger.

DE GUICHE

Une femme ! une femme ! il n’y a qu’une femme Pour inventer ce tour !

ROXANE

Il se rongera l’âme, Et ses amis les poings, de n’être pas au feu : Et vous serez vengé !

DE GUICHE

Vous m’aimez donc un peu ! (Elle sourit.) Je veux voir dans ce fait d’épouser ma rancune Une preuve d’amour, Roxane !…

ROXANE

C’en est une.

DE GUICHE

J’ai les ordres sur moi qui vont être transmis À chaque compagnie, à l’instant même, hormis… (Il en détache un.) Celui-ci ! C’est celui des cadets. (Il le met dans sa poche.) Celui-ci ! C’est celui des cadets.

DE GUICHE

Je le garde. (Riant.) Ah ! ah ! ah ! Cyrano !… Son humeur bataillarde !… — Vous jouez donc des tours aux gens, vous ?…

ROXANE

Quelquefois.

DE GUICHE

Vous m’affolez ! Ce soir — écoutez — oui, je dois Être parti. Mais fuir quand je vous sens émue !… Écoutez. Il y a, près d’ici dans la rue D’Orléans, un couvent fondé par le syndic Des capucins, le Père Athanase.

DE GUICHE

Un laïc N’y peut entrer. Mais les bons Pères, je m’en charge !… Ils peuvent me cacher dans leur manche : elle est large. — Ce sont les capucins qui servent Richelieu Chez lui ; redoutant l’oncle, ils craignent le neveu.

DE GUICHE

— On me croira parti. Je viendrai sous le masque. Laisse-moi retarder d’un jour, chère fantasque !

ROXANE

Mais si cela s’apprend, votre gloire…

DE GUICHE

Bah !

ROXANE

Mais Le siège, Arras…

DE GUICHE

Tant pis ! Permettez !

ROXANE

Non !

DE GUICHE

Permets !

ROXANE

Je dois vous le défendre !

DE GUICHE

Ah !

ROXANE

Partez ! (À part.) Christian reste. (Haut.) Je vous veux héroïque, — Antoine !

DE GUICHE

Mot céleste ! Vous aimez donc celui ?…

ROXANE

Pour lequel j’ai frémi.

DE GUICHE

Je pars ! (Il lui baise la main.) Êtes-vous contente ?

ROXANE

Oui, mon ami ! (Il sort.)

LA DUÈGNE

Oui mon ami !

ROXANE

Taisons ce que je viens de faire Cyrano m’en voudrait de lui voler sa guerre ! (Elle appelle vers la maison.) Cousin !