Scène
Acte IV, scène 2
Par Edmond Rostand
La diane réveille le camp au son des tambours, et le premier cri est celui de la faim. Les cadets refusent de bouger, s’allongent, réclament à manger ; Carbon tente de les tenir. Un pêcheur et un chasseur reviennent de la Scarpe avec, pour tout butin, un goujon et un moineau. La révolte gronde, et le capitaine finit par appeler Cyrano au secours pendant que le jour se lève.
Un tableau d’ensemble sur une seule note, l’épuisement, qu’il faut faire varier pour qu’il ne devienne pas monotone. Les plaintes doivent différer les unes des autres, entre humour noir et découragement réel. La scène tombe si elle est jouée en misérabilisme continu ; c’est le contraste avec l’énergie qui va suivre qui lui donne son sens.
25 répliques dispersées sur une dizaine de locuteurs, presque toutes très brèves. Charge de mémorisation minime, mais l’ensemble ne fonctionne qu’avec un groupe suffisant et un travail sur les rythmes collectifs. Scène de troupe, adaptée à un atelier nombreux, pas à une audition.
Chapitre : Acte IV
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(Le jour s’est un peu levé. Lueurs roses. La ville d’Arras se dore à l’horizon. On entend un coup de canon immédiatement suivi d’une batterie de tambours, très au loin, vers la gauche.
D’autres tambours battent plus près. Les batteries vont se répondant, et se rapprochant, éclatent presque en scène et s’éloignent vers la droite, parcourant le camp. Rumeurs de réveil. Voix lointaines d’officiers.)
La diane !… Hélas ! ((Les cadets s’agitent dans leurs manteaux, s’étirent.)) La diane !… Hélas !Sommeil succulent, tu prends fin !… Je sais trop quel sera leur premier cri !
Je sais trop quel sera leur premier cri !J’ai faim !
Je meurs !
Je meurs !Oh !
Je meurs !Oh !Levez-vous !
Je meurs !Oh !Levez-vous !Plus un pas !
Je meurs !Oh !Levez-vous !Plus un pas !Plus un geste !
Ma langue est jaune : l’air du temps est indigeste !
Mon tortil de baron pour un peu de Chester !
Moi, si l’on ne veut pas fournir à mon gaster De quoi m’élaborer une pinte de chyle, Je me retire sous ma tente, — comme Achille !
Oui, du pain !
Oui, du pain !Cyrano !
Oui, du pain !Cyrano !Nous mourrons !
Oui, du pain !Cyrano !Nous mourrons !Au secours ! Toi qui sais si gaiement leur répliquer toujours, Viens les ragaillardir !
Viens les ragaillardir !Qu’est-ce que tu grignotes ?
De l’étoupe à canon que dans les bourguignotes On fait frire en la graisse à graisser les moyeux. Les environs d’Arras sont très peu giboyeux !
Moi je viens de chasser !
Moi je viens de chasser !J’ai pêché dans la Scarpe !
Quoi ? — Que rapportez-vous ? — Un faisan ? — Une carpe ? — Vite, vite, montrez !
Vite, vite, montrez !Un goujon !
Vite, vite, montrez !Un goujon !Un moineau !
Assez ! — Révoltons-nous !
Assez ! — Révoltons-nous !Au secours, Cyrano ! ((Il fait maintenant tout à fait jour.))