Scène
Acte III, scène 14
Par Edmond Rostand
Le mariage célébré, De Guiche découvre la vérité et prend sa revanche immédiatement : le régiment part, l’époux rejoindra le siège d’Arras cette nuit même. Roxane proteste, puis se tourne vers Cyrano et lui fait promettre de veiller sur Christian, qu’il n’ait pas froid, qu’il reste fidèle, et surtout qu’il écrive souvent. Seule cette dernière promesse est faite sans réserve.
Un acte se referme sur une punition. La scène doit basculer très vite du triomphe au désastre, sans que De Guiche hausse le ton : sa cruauté est administrative. La série finale des recommandations fonctionne par accumulation, chacune butant contre un « mais » ; c’est le dernier engagement, donné sans hésitation, qui doit rester dans l’oreille.
29 répliques, courtes pour la plupart, avec des vers partagés serrés dans la dernière partie. Le volume est faible et la mécanique de relance rend la mémorisation aisée. Extrait à cinq, très jouable en atelier, et souvent utilisé en cours pour travailler un renversement de situation en quelques minutes.
Chapitre : Acte III
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Qui cela ? Ciel ! Vous ! ((Reconnaissant Christian avec stupeur.)) Qui cela ? Ciel ! Vous ! Lui ? ((Saluant Roxane avec admiration.)) Qui cela ? Ciel ! Vous ! Lui ? Vous êtes des plus fines ! ((À Cyrano.))
Mes compliments, Monsieur l’inventeur des machines : Votre récit eût fait s’arrêter au portail Du paradis, un saint ! Notez-en le détail, Car vraiment cela peut resservir dans un livre !
Monsieur, c’est un conseil que je m’engage à suivre.
Un beau couple, mon fils, réuni là par vous !
Oui. ((À Roxane.)) Oui.Veuillez dire adieu, Madame, à votre époux.
Comment ?
Comment ? Le régiment déja se met en route. Joignez-le !
Joignez-le ! Pour aller à la guerre ?
Joignez-le ! Pour aller à la guerre ? Sans doute !
Mais, Monsieur, les cadets n’y vont pas !
Mais, Monsieur, les cadets n’y vont pas ! Ils iront. ((Tirant le papier qu’il avait mis dans sa poche.)) Voici l’ordre. Voici l’ordre.(À Christian.) Voici l’ordre.Courez le porter, vous, baron.
Christian !
Christian ! La nuit de noce est encore lointaine !
Dire qu’il croit me faire énormément de peine !
Oh ! tes lèvres encor !
Oh ! tes lèvres encor ! Allons, voyons, assez !
C’est dur de la quitter… Tu ne sais pas…
C’est dur de la quitter… Tu ne sais pas…Je sais. ((On entend au loin des tambours qui battent une marche.))
Le régiment qui part !
Le régiment qui part ! Oh !… je vous le confie ! Promettez-moi que rien ne va mettre sa vie En danger !
En danger ! J’essaierai… mais ne peux cependant Promettre…
Promettre…Promettez qu’il sera très prudent !
Oui, je tâcherai, mais…
Oui, je tâcherai, mais…Qu’à ce siège terrible Il n’aura jamais froid !
Il n’aura jamais froid ! Je ferai mon possible. Mais…
Mais…Qu’il sera fidèle !
Mais…Qu’il sera fidèle !Eh oui ! sans doute, mais…
Qu’il m’écrira souvent !
Qu’il m’écrira souvent !Ça, — je vous le promets !