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Acte IV, scène 1

Devant Arras, avant l’aube. Le Bret et Carbon veillent sur un camp affamé où les cadets dorment pour ne pas sentir la faim. Des coups de feu se rapprochent : c’est Cyrano qui rentre, ayant franchi une nouvelle fois les lignes espagnoles. Le Bret s’indigne qu’il risque sa vie chaque jour pour cela ; l’autre s’éclipse sous sa tente pour écrire une lettre de plus.

La scène installe l’acte : la nuit, la famine, le siège, et un secret déjà en place. Le calme y est plus important que l’action ; les voix doivent rester basses, à cause des dormeurs, ce qui donne toute la tension. L’essentiel est de ne pas expliquer le motif des allers-retours nocturnes, que le spectateur devine avant qu’il soit nommé.

33 répliques, réparties entre quatre ou cinq intervenants, avec des échanges brefs et beaucoup d’effets sonores. La mémorisation est légère, le repérage des coups de feu et des réveils l’est moins. Séquence d’ouverture, à travailler en petit groupe plutôt qu’à présenter isolément.

33 répliquesEdmond Rostand

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Le texte
tes répliques
LE BRET

C’est affreux !

CARBON

Oui, plus rien.

LE BRET

Mordious !

CARBON

Jure en sourdine ! Tu vas les réveiller. (Aux cadets.) Chut ! Dormez ! (À le Bret.)

CARBON

Qui dort dîne !

LE BRET

Quand on a l’insomnie on trouve que c’est peu ! Quelle famine ! (On entend au loin quelques coups de feu.)

CARBON

Ah ! maugrébis des coups de feu !… Ils vont me réveiller mes enfants ! (Aux cadets qui lèvent la tête.) Dormez ! ((On se recouche.

CARBON

Nouveaux coups de feu plus rapprochés.))

UN CADET

Diantre ! Encore ?

CARBON

Ce n’est rien ! C’est Cyrano qui rentre ! (Les têtes qui s’étaient relevées se recouchent.)

UNE SENTINELLE

Ventrebieu ! qui va là ?

LA VOIX DE CYRANO

Bergerac !

LA SENTINELLE

Ventrebieu ! Qui va là ?

CYRANO

Bergerac, imbécile ! (Il descend. Le Bret va au-devant de lui, inquiet.)

LE BRET

Ah ! grand Dieu !

CYRANO

Chut !

LE BRET

Blessé ?

CYRANO

Tu sais bien qu’ils ont pris l’habitude De me manquer tous les matins !

LE BRET

C’est un peu rude, Pour porter une lettre, à chaque jour levant, De risquer !

CYRANO

J’ai promis qu’il écrirait souvent ! (Il le regarde.) Il dort. Il est pâli. Si la pauvre petite Savait qu’il meurt de faim… Mais toujours beau !

LE BRET

Va vite Dormir !

CYRANO

Ne grogne pas, Le Bret !… Sache ceci : Pour traverser les rangs espagnols, j’ai choisi Un endroit où je sais, chaque nuit, qu’ils sont ivres.

LE BRET

Tu devrais bien un jour nous rapporter des vivres.

CYRANO

Il faut être léger pour passer ! — Mais je sais Qu’il y aura ce soir du nouveau. Les Français Mangeront ou mourront, — si j’ai bien vu…

LE BRET

Raconte !

CYRANO

Non. Je ne suis pas sûr… vous verrez !…

CARBON

Quelle honte, Lorsqu’on est assiégeant, d’être affamé !

LE BRET

Hélas ! Rien de plus compliqué que ce siège d’Arras : Nous assiégeons Arras, — nous-mêmes, pris au piège, Le cardinal infant d’Espagne nous assiège…

CYRANO

Quelqu’un devrait venir l’assiéger à son tour.

LE BRET

Je ne ris pas.

CYRANO

Oh ! oh !

LE BRET

Penser que chaque jour Vous risquez une vie, ingrat, comme la vôtre, Pour porter… (Le voyant qui se dirige vers une tente.) Où vas-tu ?

CYRANO

J’en vais écrire une autre. (Il soulève la toile et disparaît.)