Scène

Acte III, scène 9

Par Marivaux

Dénouement de la comédie. Silvia se découvre devant celui qui vient de lui offrir sa main sans savoir qui elle était, Monsieur Orgon produit la lettre qui explique tout, et les deux couples se reforment enfin dans leurs conditions véritables.

Le sens de la scène est la démonstration achevée : chacun a été choisi pour lui-même, indépendamment du rang. Silvia le formule, Dorante s’en félicite, Mario obtient son pardon, et Lisette et Arlequin referment la pièce sur une plaisanterie. Les interprètes doivent tenir la joie sans précipiter les révélations.

11 répliques en prose, brèves, mais réparties entre six personnages. La mémorisation est immédiate ; la difficulté est celle de tout final, avec des entrées et des adresses à ordonner. Scène courte et très jouée, souvent présentée seule comme conclusion d’un travail sur la pièce.

Chapitre : Acte III

SILVIA

Ah ! mon père, vous avez voulu que je fusse à Dorante. Venez voir votre fille vous obéir avec plus de joie qu’on n’en eut jamais.

DORANTE

Qu’entends-je ! vous, son père, monsieur ?

SILVIA

Oui, Dorante ; la même idée de nous connaître nous est venue à tous deux. Après cela, je n’ai plus rien à vous dire ;

SILVIA

vous m’aimez, je n’en saurais douter, mais, à votre tour, jugez de mes sentiments pour vous, jugez du cas que j’ai fait de votre cœur par la délicatesse avec laquelle j’ai tâché de l’acquérir.

MONSIEUR ORGON

Connaissez-vous cette lettre-là ? Voilà par où j’ai appris votre déguisement, qu’elle n’a pourtant su que par vous.

DORANTE

Je ne saurais vous exprimer mon bonheur, madame ; mais ce qui m’enchante le plus, ce sont les preuves que je vous ai données de ma tendresse.

MARIO

Dorante me pardonne-t-il la colère où j’ai mis Bourguignon ?

DORANTE

Il ne vous la pardonne pas, il vous en remercie.

ARLEQUIN

De la joie, madame ! Vous avez perdu votre rang, mais vous n’êtes point à plaindre, puisque Arlequin vous reste.

LISETTE

Belle consolation ! il n’y a que toi qui gagnes à cela.

ARLEQUIN

Je n’y perds pas. Avant notre connaissance, votre dot valait mieux que vous ; à présent, vous valez mieux que votre dot. Allons, saute, marquis !

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