Scène
Acte I, scène 8
Par Marivaux
Le faux maître fait son entrée. Arlequin appelle déjà le maître de maison son beau-père et se dit marié d’avance, s’étonne qu’on lui rappelle que la cérémonie n’a pas eu lieu, et complimente lourdement celle qu’il prend pour la soubrette.
Le comique naît de l’écart entre le costume et le langage : chaque réplique trahit le valet sous le maître, au grand embarras de celui qui l’a costumé. Silvia, elle, mesure d’un coup ce qu’on lui destine. L’interprète d’Arlequin doit jouer l’aplomb heureux, jamais la sottise appuyée.
25 répliques en prose, courtes et à trois voix, avec une chute qui referme la scène en une phrase. La mémorisation est facile : le dialogue avance du tac au tac, sans développement. Scène de choix pour travailler un rôle comique de valet sans exiger un long apprentissage.
Chapitre : Acte I
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Ah, te voilà, Bourguignon ! Mon porte-manteau et toi, avez-vous été bien reçus ?
Il n’était pas possible qu’on nous reçût mal, monsieur.
Un domestique là-bas m’a dit d’entrer ici, et qu’on allait avertir mon beau-père qui était avec ma femme.
Vous voulez dire monsieur Orgon et sa fille, sans doute, monsieur !
Eh ! oui, mon beau-père et ma femme, autant vaut. Je viens pour épouser, et ils m’attendent pour être mariés ; cela est convenu ; il ne manque plus que la cérémonie, qui est une bagatelle.
C’est une bagatelle qui vaut bien la peine qu’on y pense.
Oui ; mais quand on y a pensé, on n’y pense plus.
Bourguignon, on est homme de mérite à bon marché chez vous, ce me semble.
Que dites-vous là à mon valet, la belle ?
Rien ; je lui dis seulement que je vais faire descendre monsieur Orgon.
Et pourquoi ne pas dire mon beau-père, comme moi ?
C’est qu’il ne l’est pas encore.
Elle a raison, monsieur ; le mariage n’est pas fait.
Eh bien, me voilà pour le faire.
Attendez donc qu’il soit fait.
Pardi ! voilà bien des façons pour un beau-père de la veille ou du lendemain.
En effet, quelle si grande différence y a-t-il entre être mariée ou ne l’être pas ? Oui, monsieur, nous avons tort, et je cours informer votre beau-père de votre arrivée.
Et ma femme aussi, je vous prie. Mais avant que de partir, dites-moi une chose ; vous qui êtes si jolie, n’êtes-vous pas la soubrette de l’hôtel ?
Vous l’avez dit.
C’est fort bien fait ; je m’en réjouis. Croyez-vous que je plaise ici ? Comment me trouvez-vous ?
Je vous trouve… plaisant.
Bon, tant mieux ! entretenez-vous dans ce sentiment-là ; il pourra trouver sa place.
Vous êtes bien modeste de vous en contenter. Mais je vous quitte ; il faut qu’on ait oublié d’avertir votre beau-père, car assurément il serait venu, et je vais le chercher.
Dites-lui que je l’attends avec affection.
Que le sort est bizarre ! aucun de ces deux hommes n’est à sa place.