Scène
Acte II, scène 10
Par Marivaux
Monsieur Orgon et Mario surprennent le prétendu valet à genoux devant la fausse suivante. Ils s’amusent ouvertement, félicitent le couple, puis congédient le jeune homme en lui reprochant de parler de son maître sans assez de ménagement.
L’humiliation est double : Silvia se voit prise en flagrant délit de complaisance, et Dorante essuie un reproche qu’il ne comprend pas. Les deux témoins mènent la scène en connaisseurs, chaque compliment sonnant comme une accusation. Les interprètes doivent jouer une raillerie affectueuse, jamais méchante.
17 répliques en prose, courtes, à quatre voix, avec un début qui prolonge la scène précédente. La mémorisation est facile, la difficulté portant surtout sur les enchaînements et les entrées. Bon extrait de groupe, souvent enchaîné avec le duo qui le précède pour former un ensemble jouable.
Chapitre : Acte II
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Ah ! nous y voilà ! il ne manquait plus que cette façon-là à mon aventure. Que je suis malheureuse ! c’est ma facilité qui le place là. Lève-toi donc, Bourguignon, je t’en conjure ; il peut venir quelqu’un.
Je dirai ce qu’il te plaira ; que me veux-tu ? je ne te hais point. Lève-toi ; je t’aimerais, si je pouvais ; tu ne me déplais point ; cela doit te suffire.
Quoi ! Lisette, si je n’étais pas ce que je suis, si j’étais riche, d’une condition honnête, et que je t’aimasse autant que je t’aime, ton cœur n’aurait point de répugnance pour moi ?
Assurément.
Tu ne me haïrais pas ? Tu me souffrirais ?
Volontiers. Mais lève-toi.
Tu parais le dire sérieusement, et, si cela est, ma raison est perdue.
Je dis ce que tu veux, et tu ne te lèves point.
C’est bien dommage de vous interrompre ; cela va à merveille, mes enfants ; courage !
Je ne saurais empêcher ce garçon de se mettre à genoux, monsieur. Je ne suis pas en état de lui en imposer, je pense.
Vous vous convenez parfaitement bien tous deux ; mais j’ai à te dire un mot, Lisette, et vous reprendrez votre conversation quand nous serons partis. Vous le voulez bien, Bourguignon ?
Je me retire, monsieur.
Allez, et tâchez de parler de votre maître avec un peu plus de ménagement que vous ne faites.
Moi, monsieur !
Vous-même, monsieur Bourguignon ; vous ne brillez pas trop dans le respect que vous avez pour votre maître, dit-on.
Je ne sais ce qu’on veut dire.
Adieu, adieu ; vous vous justifierez une autre fois.