Scène

Acte II, scène 10

Par Marivaux

Monsieur Orgon et Mario surprennent le prétendu valet à genoux devant la fausse suivante. Ils s’amusent ouvertement, félicitent le couple, puis congédient le jeune homme en lui reprochant de parler de son maître sans assez de ménagement.

L’humiliation est double : Silvia se voit prise en flagrant délit de complaisance, et Dorante essuie un reproche qu’il ne comprend pas. Les deux témoins mènent la scène en connaisseurs, chaque compliment sonnant comme une accusation. Les interprètes doivent jouer une raillerie affectueuse, jamais méchante.

17 répliques en prose, courtes, à quatre voix, avec un début qui prolonge la scène précédente. La mémorisation est facile, la difficulté portant surtout sur les enchaînements et les entrées. Bon extrait de groupe, souvent enchaîné avec le duo qui le précède pour former un ensemble jouable.

Chapitre : Acte II

SILVIA

Ah ! nous y voilà ! il ne manquait plus que cette façon-là à mon aventure. Que je suis malheureuse ! c’est ma facilité qui le place là. Lève-toi donc, Bourguignon, je t’en conjure ; il peut venir quelqu’un.

SILVIA

Je dirai ce qu’il te plaira ; que me veux-tu ? je ne te hais point. Lève-toi ; je t’aimerais, si je pouvais ; tu ne me déplais point ; cela doit te suffire.

DORANTE

Quoi ! Lisette, si je n’étais pas ce que je suis, si j’étais riche, d’une condition honnête, et que je t’aimasse autant que je t’aime, ton cœur n’aurait point de répugnance pour moi ?

SILVIA

Assurément.

DORANTE

Tu ne me haïrais pas ? Tu me souffrirais ?

SILVIA

Volontiers. Mais lève-toi.

DORANTE

Tu parais le dire sérieusement, et, si cela est, ma raison est perdue.

SILVIA

Je dis ce que tu veux, et tu ne te lèves point.

MONSIEUR ORGON

C’est bien dommage de vous interrompre ; cela va à merveille, mes enfants ; courage !

SILVIA

Je ne saurais empêcher ce garçon de se mettre à genoux, monsieur. Je ne suis pas en état de lui en imposer, je pense.

MONSIEUR ORGON

Vous vous convenez parfaitement bien tous deux ; mais j’ai à te dire un mot, Lisette, et vous reprendrez votre conversation quand nous serons partis. Vous le voulez bien, Bourguignon ?

DORANTE

Je me retire, monsieur.

MONSIEUR ORGON

Allez, et tâchez de parler de votre maître avec un peu plus de ménagement que vous ne faites.

DORANTE

Moi, monsieur !

MARIO

Vous-même, monsieur Bourguignon ; vous ne brillez pas trop dans le respect que vous avez pour votre maître, dit-on.

DORANTE

Je ne sais ce qu’on veut dire.

MONSIEUR ORGON

Adieu, adieu ; vous vous justifierez une autre fois.

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