Scène

Acte II, scène 3

Par Marivaux

Le faux maître et la fausse maîtresse se retrouvent seuls. Arlequin presse, réclame une main à baiser, multiplie les images ; Lisette se défend en jouant la dame et lui reproche un amour né trop vite pour être bien solide.

Chacun tient un rôle dont il en fait un peu trop, et c’est là que le couple se reconnaît sans le savoir. La scène est une parodie de déclaration galante, où le vocabulaire des maîtres se retrouve habillé de comparaisons de table et de vin. Les interprètes doivent tenir la parodie sans clin d’œil au public.

18 répliques en prose, brèves et enchaînées serré. La mémorisation est aisée, le dialogue procédant par relances régulières sur le même motif. Excellent duo comique pour travailler le contrepoint entre un langage précieux et un langage populaire, accessible à des comédiens peu expérimentés.

Chapitre : Acte II

Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :

ARLEQUIN

Madame, il dit que je ne m’impatiente pas ; il en parle bien à son aise, le bonhomme !

LISETTE

J’ai de la peine à croire qu’il vous en coûte tant d’attendre, monsieur ; c’est par galanterie que vous faites l’impatient ; à peine êtes-vous arrivé ! Votre amour ne saurait être bien fort ;

LISETTE

ce n’est tout au plus qu’un amour naissant.

ARLEQUIN

Vous vous trompez, prodige de nos jours ; un amour de votre façon ne reste pas longtemps au berceau ;

ARLEQUIN

votre premier coup d’œil a fait naître le mien, le second lui a donné des forces et le troisième l’a rendu grand garçon ; tâchons de l’établir au plus vite ; ayez soin de lui, puisque vous êtes sa mère.

LISETTE

Trouvez-vous qu’on le maltraite ? Est-il si abandonné ?

ARLEQUIN

En attendant qu’il soit pourvu, donnez-lui seulement votre belle main blanche, pour l’amuser un peu.

LISETTE

Tenez donc, petit importun, puisqu’on ne saurait avoir la paix qu’en vous amusant.

ARLEQUIN

Cher joujou de mon âme ! cela me réjouit comme du vin délicieux. Quel dommage de n’en avoir que roquille !

LISETTE

Allons, arrêtez-vous ; vous êtes trop avide.

ARLEQUIN

Je ne demande qu’à me soutenir, en attendant que je vive.

LISETTE

Ne faut-il pas avoir de la raison ?

ARLEQUIN

De la raison ! hélas, je l’ai perdue ; vos beaux yeux sont les filous qui me l’ont volée.

LISETTE

Mais est-il possible, que vous m’aimiez tant ? je ne saurais me le persuader.

ARLEQUIN

Je ne me soucie pas de ce qui est possible, moi ; mais je vous aime comme un perdu, et vous verrez bien dans votre miroir que cela est juste.

LISETTE

Mon miroir ne servirait qu’à me rendre plus incrédule.

ARLEQUIN

Ah ! mignonne, adorable ! votre humilité ne serait donc qu’une hypocrite !

LISETTE

Quelqu’un vient à nous ; c’est votre valet.

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