Scène

Acte III, scène 7

Par Marivaux

Arlequin raconte à son maître qu’il a tout avoué et qu’on l’épouse quand même. Dorante refuse de le croire, le traite de fourbe, menace d’aller prévenir le maître de maison ; le valet répond tranquillement qu’ils l’ont déjà dans leur manche.

Le renversement est complet : le domestique a réussi là où le maître se débat encore. La scène installe un ton d’égalité nouvelle, jusqu’à la formule où Arlequin promet qu’ils vivront désormais but à but. L’interprète du maître doit jouer l’incrédulité d’un homme dont le stratagème lui échappe entièrement.

18 répliques en prose, courtes et enlevées. La mémorisation est aisée, le dialogue reposant sur une alternance simple de refus et d’affirmations. Bon duo comique de fin de pièce, qui se travaille facilement à la suite du double aveu qui le précède.

Chapitre : Acte III

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DORANTE

Eh bien, tu quittes la fille d’Orgon ; lui as-tu dit qui tu étais ?

ARLEQUIN

Pardi ! oui. La pauvre enfant ! j’ai trouvé son cœur plus doux qu’un agneau ; il n’a pas soufflé.

ARLEQUIN

Quand je lui ai dit que je m’appelais Arlequin, et que j’avais un habit d’ordonnance : « Eh bien, mon ami, m’a-t-elle dit, chacun a son nom dans la vie, chacun a son habit. Le vôtre ne vous coûte rien ;

ARLEQUIN

cela ne laisse pas d’être gracieux. »

DORANTE

Quelle sotte histoire me contes-tu là ?

ARLEQUIN

Tant y a que je vais la demander en mariage.

DORANTE

Comment ! elle consent à t’épouser ?

ARLEQUIN

La voilà bien malade !

DORANTE

Tu m’en imposes ; elle ne sait pas qui tu es.

ARLEQUIN

Par la ventrebleu ! voulez-vous gager que je l’épouse avec la casaque sur le corps ; avec une souquenille, si vous me fâchez ?

ARLEQUIN

Je veux bien que vous sachiez qu’un amour de ma façon, n’est point sujet à la casse, que je n’ai pas besoin de votre friperie pour pousser ma pointe, et que vous n’avez qu’à me rendre la mienne.

DORANTE

Tu es un fourbe ; cela n’est pas concevable, et je vois bien qu’il faudra que j’avertisse M. Orgon.

ARLEQUIN

Qui ? notre père ? Ah ! le bon homme ! nous l’avons dans notre manche. C’est le meilleur humain, la meilleure pâte d’homme !… Vous m’en direz des nouvelles.

DORANTE

Quel extravagant ! As-tu vu Lisette ?

ARLEQUIN

Lisette ? non. Peut-être a-t-elle passé devant mes yeux ; mais un honnête homme ne prend pas garde à une chambrière. Je vous cède ma part de cette attention-là.

DORANTE

Va-t’en ; la tête te tourne.

ARLEQUIN

Vos petites manières sont un peu aisées ; mais c’est la grande habitude qui fait cela. Adieu. Quand j’aurai épousé, nous vivrons but à but. Votre soubrette arrive. Bonjour, Lisette : je vous recommande Bourguignon ;

ARLEQUIN

c’est un garçon qui a quelque mérite.

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