Scène
Acte I, scène 4
Par Marivaux
Monsieur Orgon met son fils dans la confidence. Il lui lit la lettre reçue du père du prétendu : le jeune homme arrivera sous l’habit de son valet, pendant que le valet fera le maître. Or sa fille vient de demander exactement le même déguisement.
C’est la scène qui donne son titre à la pièce : le hasard a fait coïncider deux ruses. Mario conseille de laisser faire et de voir si les cœurs se reconnaîtront à travers les habits. Les deux comédiens jouent des spectateurs privilégiés, amusés, qui décident délibérément de ne rien dire.
20 répliques en prose, dont plusieurs longues, avec la lecture de la lettre au centre. La mémorisation demande un peu d’attention sur ce passage épistolaire, d’un ton plus soutenu que le reste. Scène clé pour comprendre l’intrigue, et bon duo pour deux comédiens masculins.
Chapitre : Acte I
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Ne l’amusez pas, Mario ; venez, vous saurez de quoi il s’agit.
Qu’y a-t-il de nouveau, monsieur ?
Je commence par vous recommander d’être discret sur ce que je vais vous dire, au moins.
Je suivrai vos ordres.
Nous verrons Dorante aujourd’hui ; mais nous ne le verrons que déguisé.
Déguisé ! Viendra-t-il en partie de masque ? lui donnerez-vous le bal ?
Écoutez l’article de la lettre du père. Hum… « Je ne sais au reste ce que vous penserez d’une imagination qui est venue à mon fils : elle est bizarre, il en convient lui-même ;
mais le motif en est pardonnable et même délicat ; c’est qu’il m’a prié de lui permettre de n’arriver d’abord chez vous que sous la figure de son valet, qui, de son côté, fera le personnage de son maître. »
Ah ! ah ! cela sera plaisant.
Écoutez le reste… « Mon fils sait combien l’engagement qu’il va prendre est sérieux ;
il espère, dit-il, sous ce déguisement de peu de durée, saisir quelques traits du caractère de notre future et la mieux connaître, pour se régler ensuite sur ce qu’il doit faire, suivant la liberté que nous sommes convenus de leur laisser.
Pour moi, qui m’en fie bien à ce que vous m’avez dit de votre aimable fille, j’ai consenti à tout, en prenant la précaution de vous avertir, quoiqu’il m’ait demandé le secret de votre côté.
Vous en userez là-dessus avec la future comme vous le jugerez à propos… » Voilà ce que le père m’écrit. Ce n’est pas le tout, voici ce qui arrive ;
c’est que votre sœur, inquiète de son côté sur le chapitre de Dorante, dont elle ignore le secret, m’a demandé de jouer ici la même comédie, et cela précisément pour observer Dorante, comme Dorante veut l’observer.
Qu’en dites-vous ? Savez-vous rien de plus particulier que cela ? Actuellement, la maîtresse et la suivante se travestissent. Que me conseillez-vous, Mario ? Avertirai-je votre sœur, ou non ?
Ma foi, monsieur, puisque les choses prennent ce train-là, je ne voudrais pas les déranger, et je respecterais l’idée qui leur est venue à l’un et à l’autre ;
il faudra bien qu’ils se parlent souvent tous deux sous ce déguisement. Voyons si leur cœur ne les avertirait pas de ce qu’ils valent.
Peut-être que Dorante prendra du goût pour ma sœur, toute soubrette qu’elle sera, et cela serait charmant pour elle.
Nous verrons un peu comment elle se tirera d’intrigue.
C’est une aventure qui ne saurait manquer de nous divertir, je veux me trouver au début et les agacer tous deux.