Scène
Acte III, scène 1
Par Marivaux
Arlequin supplie son maître de le laisser aller au bout de son mariage. Dorante s’indigne, le menace de le chasser, l’accable de noms ; le valet accepte chaque insulte et propose un compromis : il dira qui il est, et l’on verra bien si on l’aime encore.
Le passage joue sur l’insulte retournée en argument, chaque nom d’oiseau devenant compatible avec l’idée d’un bon mariage. Sous la drôlerie, le valet pose une question sérieuse, celle de la valeur d’un homme sans son habit. L’interprète doit garder une candeur imperturbable face à la colère.
15 répliques en prose, courtes et bien contrastées. La mémorisation est accessible, le dialogue avançant par relance systématique du même motif. Duo maître-valet très efficace pour ouvrir un travail sur le troisième acte, ou comme scène comique autonome.
Chapitre : Acte III
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Hélas ! monsieur, mon très honoré maître, je vous en conjure…
Encore !
Ayez compassion de ma bonne aventure ; ne portez point guignon à mon bonheur qui va son train si rondement ; ne lui fermez point le passage.
Allons donc, misérable ; je crois que tu te moques de moi ; tu mériterais cent coups de bâton…
Je ne les refuse point, si je les mérite ; mais quand je les aurais reçus, permettez-moi d’en mériter d’autres. Voulez-vous que j’aille chercher le bâton ?
Maraud !
Maraud soit ; mais cela n’est point contraire à faire fortune.
Ce coquin ! quelle idée lui prend !
Coquin est encore bon ; il me convient aussi ; un maraud n’est point déshonoré d’être appelé coquin ; mais un coquin peut faire un bon mariage.
Comment, insolent ! tu veux que je laisse un honnête homme dans l’erreur, et que je souffre que tu épouses sa fille sous mon nom ? Écoute ; si tu me parles encore de cette impertinence-là, dès que j’aurai averti M.
Orgon de ce que tu es, je te chasse ; entends-tu ?
Accommodons-nous ; cette demoiselle m’adore, elle m’idolâtre. Si je lui dis mon état de valet, et que, nonobstant, son tendre cœur soit toujours friand de la noce avec moi, ne laisserez-vous pas jouer les violons ?
Dès qu’on te connaîtra, je ne m’en embarrasse plus.
Bon ; je vais de ce pas prévenir cette généreuse personne sur mon habit de caractère.
J’espère que ce ne sera pas un galon de couleur qui nous brouillera ensemble, et que son amour me fera passer à la table en dépit du sort qui ne m’a mis qu’au buffet.