Scène
Acte II, scène 5
Par Marivaux
Le duo reprend sans témoin et va jusqu’à l’aveu. Arlequin réclame qu’on lui dise qu’on l’aime, Lisette finit par le dire, chacun prévient l’autre qu’il perdra à être mieux connu, et ils se jurent de s’aimer quoi qu’il advienne.
Toute la scène repose sur une ironie que le public seul perçoit : deux domestiques se rassurent mutuellement sur des mérites qu’ils n’ont pas. Les précautions oratoires préparent en réalité le double aveu du troisième acte. Les interprètes doivent jouer une sincérité entière, car c’est elle qui rend le passage drôle.
29 répliques en prose, brèves, avec un rythme de reparties très régulier. La mémorisation est facilitée par la structure en questions et réponses, mais la vitesse est indispensable. Duo comique parmi les plus joués de la pièce, adapté à un travail sur le tempo à deux.
Chapitre : Acte II
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Ah ! madame, sans lui j’allais vous dire de belles choses, et je n’en trouverai plus que de communes à cette heure, hormis mon amour qui est extraordinaire.
Mais à propos de mon amour, quand est-ce que le vôtre lui tiendra compagnie ?
Il faut espérer que cela viendra.
Et croyez-vous que cela vienne bientôt ?
La question est vive ; savez-vous bien que vous m’embarrassez ?
Que voulez-vous ? Je brûle et je crie au feu.
S’il m’était permis de m’expliquer si vite…
Je suis du sentiment que vous le pouvez en conscience.
La retenue de mon sexe ne le veut pas.
Ce n’est donc pas la retenue d’à présent ; elle donne bien d’autres permissions.
Mais, que me demandez-vous ?
Dites-moi un petit brin que vous m’aimez. Tenez, je vous aime, moi ; faites l’écho ; répétez, princesse.
Quel insatiable ! Eh bien, monsieur, je vous aime.
Eh bien, madame, je me meurs ; mon bonheur me confond, j’ai peur d’en courir les champs. Vous m’aimez ! cela est admirable !
J’aurais lieu à mon tour d’être étonnée de la promptitude de votre hommage. Peut-être m’aimerez-vous moins quand nous nous connaîtrons mieux.
Ah ! madame, quand nous en serons là, j’y perdrai beaucoup ; il y aura bien à décompter.
Vous me croyez plus de qualités que je n’en ai.
Et vous, madame, vous ne savez pas les miennes, et je ne devrais vous parler qu’à genoux.
Souvenez-vous qu’on n’est pas les maîtres de son sort.
Les pères et mères font tout à leur tête.
Pour moi, mon cœur vous aurait choisi, dans quelque état que vous eussiez été.
Il a beau jeu pour me choisir encore.
Puis-je me flatter que vous soyez de même à mon égard ?
Hélas ! quand vous ne seriez que Perrette ou Margot ; quand je vous aurais vue, le martinet à la main descendre à la cave, vous auriez toujours été ma princesse.
Puissent de si beaux sentiments être durables !
Pour les fortifier de part et d’autre, jurons-nous de nous aimer toujours, en dépit de toutes les fautes d’orthographe que vous aurez faites sur mon compte.
J’ai plus d’intérêt à ce serment-là que vous, et je le fais de tout mon cœur.
Votre bonté m’éblouit et je me prosterne devant elle.
Arrêtez-vous ; je ne saurais vous souffrir dans cette posture-là, je serais ridicule de vous y laisser ; levez-vous. Voilà encore quelqu’un.