Scène
Acte III, scène 3
Par Marivaux
Silvia entre pendant que son frère achève de tourmenter Dorante. Elle entre aussitôt dans le jeu, ne dément rien, laisse croire à une inclination possible, et Mario ordonne au prétendu valet de se retirer, ce qu’il refuse tant qu’elle ne l’a pas dit elle-même.
Trois personnages, trois niveaux de savoir : l’un souffre, les deux autres mènent l’épreuve. Les répliques sont si brèves qu’elles s’entrechoquent, et le passage vaut par sa cruauté légère. Les interprètes doivent maintenir un rythme rapide sans étouffer la détresse de celui qui subit.
25 répliques en prose, presque toutes d’une ligne ou deux. La mémorisation est facile, mais l’exécution demande une grande précision : la scène ne tient que sur des relances immédiates. Excellent trio pour un exercice de tempo et de jeu à trois.
Chapitre : Acte III
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Ah ! te voilà, Lisette ?
Qu’avez-vous, monsieur ? vous me paraissez ému ?
Ce n’est rien ; je disais un mot à Bourguignon.
Il est triste ; est-ce que vous le querelliez ?
Monsieur m’apprend qu’il vous aime, Lisette.
Ce n’est pas ma faute.
Et me défend de vous aimer.
Il me défend donc de vous paraître aimable ?
Je ne saurais empêcher qu’il ne t’aime, belle Lisette ; mais je ne veux pas qu’il te le dise.
Il ne me le dit plus ; il ne fait que me le répéter.
Du moins ne te le répétera-t-il pas quand je serai présent. Retirez-vous, Bourguignon.
J’attends qu’elle me l’ordonne.
Encore !
Il dit qu’il attend ; ayez donc patience.
Avez-vous de l’inclination pour monsieur ?
Quoi ! de l’amour ? oh ! je crois qu’il ne sera pas nécessaire qu’on me le défende.
Ne me trompez-vous pas ?
En vérité, je joue ici un joli personnage ! Qu’il sorte donc. À qui est-ce que je parle ?
À Bourguignon, voilà tout.
Eh bien, qu’il s’en aille !
Je souffre.
Cédez puisqu’il se fâche.
Vous ne demandez peut-être pas mieux ?
Allons, finissons.
Vous ne m’aviez pas dit cet amour-là, Lisette.