Scène
Acte I, scène 10
Par Marivaux
Monsieur Orgon reçoit enfin celui qu’il croit être son futur gendre et s’excuse de l’avoir fait attendre. Arlequin répond par un compliment qui déraille aussitôt, accepte volontiers de se rafraîchir et recommande qu’on n’épargne pas non plus son propre valet.
Le comique tient dans la politesse de l’un et le débraillé de l’autre, sans que le maître de maison relève quoi que ce soit : il sait déjà tout et laisse courir. La scène clôt l’acte sur un accord parfait entre deux personnages qui ne parlent pas la même langue.
11 répliques en prose, courtes, également réparties entre les deux personnages. La mémorisation est très accessible et l’extrait se joue en quelques minutes. Bon choix pour un duo comique de fin d’acte, ou pour faire travailler un comédien sur les formules de politesse détournées.
Chapitre : Acte I
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Mon cher monsieur, je vous demande mille pardons de vous avoir fait attendre ; mais ce n’est que de cet instant que j’apprends que vous êtes ici.
Monsieur, mille pardons ! c’est beaucoup trop ; il n’en faut qu’un, quand on n’a fait qu’une faute. Au surplus tous mes pardons sont à votre service.
Je tâcherai de n’en avoir pas besoin.
Vous êtes le maître, et moi votre serviteur.
Je suis, je vous assure, charmé de vous voir, et je vous attendais avec impatience.
Je serais d’abord venu ici avec Bourguignon ; mais quand on arrive de voyage, vous savez qu’on est si mal bâti ! et j’étais bien aise de me présenter dans un état plus ragoûtant.
Vous y avez fort bien réussi. Ma fille s’habille ; elle a été un peu indisposée ; en attendant qu’elle descende, voulez-vous vous rafraîchir ?
Oh ! je n’ai jamais refusé de trinquer avec personne.
Bourguignon, ayez soin de vous, mon garçon.
Le gaillard est gourmet ; il boira du meilleur.
Qu’il ne l’épargne pas.