Scène

Acte V, Scène VIII

Par Jean Racine

Dernière scène. Albine arrive effrayée : Junie a fui le palais, s’est jetée aux pieds de la statue d’Auguste et s’est consacrée aux vestales sous la protection du peuple. Narcisse, qui voulait l’arrêter, a été mis en pièces par la foule. Néron erre en répétant le nom de Junie.

Le dénouement passe tout entier par un récit, comme le meurtre à la scène précédente. Albine plaide l’urgence — il faut courir, César pourrait attenter à ses jours — et se heurte à une mère qui répond « Il se ferait justice ». La pièce se referme là : personne ne pardonne, et Burrhus n’attend plus qu’une suite de crimes.

16 répliques en alexandrins, dont un long récit porté par Albine, rôle de confidente qui trouve ici sa seule grande page. Le texte est narratif et chronologique, donc régulier à apprendre. Étudiée en cours pour le dénouement tragique et la fonction du récit.

Chapitre : Acte V

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ALBINE

Ah, madame ! ah, seigneur ! courez vers l’empereur ; Venez sauver César de sa propre fureur ; Il se voit pour jamais séparé de Junie.

AGRIPPINE

Quoi ! Junie elle-même a terminé sa vie ?

ALBINE

Pour accabler César d’un éternel ennui, Madame, sans mourir elle est morte pour lui, Vous savez de ces lieux comme elle s’est ravie : Elle a feint de passer chez la triste Octavie, Mais bientôt elle a pris des chemins écartés, Où mes yeux ont suivi ses pas précipités.

ALBINE

Des portes du palais elle sort éperdue. D’abord elle a d’Auguste aperçu la statue ;

ALBINE

Et mouillant de ses pleurs le marbre de ses pieds, Que de ses bras pressants elle tenait liés : « Prince, par ces genoux, dit-elle, que j’embrasse, « Protége en ce moment le reste de ta race ;

ALBINE

« Rome, dans ton palais, vient de voir immoler « Le seul de tes neveux qui te pût ressembler. « On veut après sa mort que je lui sois parjure ;

ALBINE

« Mais pour lui conserver une foi toujours pure, « Prince, je me dévoue à ces dieux immortels « Dont ta vertu t’a fait partager les autels.

ALBINE

» Le peuple, cependant, que ce spectacle étonne, Vole de toutes parts, se presse, l’environne, S’attendrit à ses pleurs, et plaignant son ennui, D’une commune voix la prend sous son appui ;

ALBINE

Ils la mènent au temple où depuis tant d’années Au culte des autels nos vierges destinées Gardent fidèlement le dépôt précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux César les voit partir sans oser les distraire.

ALBINE

Narcisse, plus hardi, s’empresse pour lui plaire Il vole vers Junie, et, sans s’épouvanter, D’une profane main commence à l’arrêter. De mille coups mortels son audace est punie ; Son infidèle sang rejaillit sur Junie.

ALBINE

César, de tant d’objets en même temps frappé, Le laisse entre les mains qui l’ont enveloppé. Il rentre. Chacun fuit son silence farouche ; Le nom seul de Junie échappe de sa bouche. Il marche sans dessein ;

ALBINE

ses yeux mal assurés N’osent lever au ciel leurs regards égarés ;

ALBINE

Et l’on craint, si la nuit jointe à la solitude Vient de son désespoir aigrir l’inquiétude, Si vous l’abandonnez plus longtemps sans secours, Que sa douleur bientôt n’attente sur ses jours. Le temps presse : courez.

ALBINE

Il ne faut qu’un caprice ; Il se perdrait, madame.

AGRIPPINE

Il se perdrait, madame. Il se ferait justice. Mais, Burrhus, allons voir jusqu’où vont ses transports : Voyons quel changement produiront ses remords ; S’il voudra désormais suivre d’autres maximes.

BURRHUS

Plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes !

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