Scène
Acte II, Scène VIII
Par Jean Racine
L’entrevue surveillée a eu lieu et Junie s’est retirée. Néron a lu dans son silence même la preuve qu’elle aime Britannicus. Plutôt que d’y renoncer, il décide d’en faire un instrument de supplice et charge Narcisse d’aggraver les soupçons du prince.
Deux mouvements très courts : la jouissance de Néron, qui se fait « de sa peine une image charmante », puis quatre vers où Narcisse, resté seul, choisit sa trahison en toute lucidité. Ce second temps ne se joue pas comme un aparté de mélodrame : Narcisse raisonne, il ne ricane pas.
4 répliques en alexandrins, dont la dernière est un bref monologue. Peu de texte, mais deux registres distincts : exercice court et rentable pour deux comédiens, et extrait isolable pour un travail sur le rôle de Narcisse.
Chapitre : Acte II
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Eh bien ! de leur amour tu vois la violence, Narcisse : elle a paru jusque dans son silence ! Elle aime mon rival, je ne puis l’ignorer ; Mais je mettrai ma joie à le désespérer.
Je me fais de sa peine une image charmante ; Et je l’ai vu douter du cœur de son amante. Je la suis. Mon rival t’attend pour éclater : Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter ;
Et tandis qu’à mes yeux on le pleure, on l’adore, Fais-lui payer bien cher un bonheur qu’il ignore.
La fortune t’appelle une seconde fois, Narcisse : voudrais-tu résister à sa voix ? Suivons jusques au bout ses ordres favorables ; Et, pour nous rendre heureux, perdons les misérables.