Scène
Acte I, Scène III
Par Jean Racine
Britannicus traverse le palais en courant. On vient d’enlever Junie, qu’il aime, et de l’amener sous escorte chez Néron. Agrippine l’intercepte : elle aussi vient d’être écartée, et elle voit dans ce jeune homme dépossédé l’instrument d’une alliance contre son fils.
Deux douleurs se rencontrent, mais une seule calcule. Britannicus parle d’amour et de malheur ; Agrippine parle de parole donnée et fixe un rendez-vous chez Pallas. Le contraste doit s’entendre : si les deux jouent l’émotion à égalité, la manœuvre d’Agrippine disparaît et il ne reste qu’une plainte à deux voix.
6 répliques en alexandrins, brève mais complète. Le texte de Britannicus court sur une seule montée ; celui d’Agrippine tient en quelques vers secs, faciles à fixer. Bon exercice de duo pour un atelier, ou pour un premier contact avec la tragédie racinienne.
Chapitre : Acte I
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Ah ! prince, où courez-vous ? Quelle ardeur inquiète Parmi vos ennemis en aveugle vous jette ? Que venez-vous chercher ?
Que venez-vous chercher ? Ce que je cherche ? Ah ! dieux ! Tout ce que j’ai perdu, madame, est en ces lieux. De mille affreux soldats Junie environnée S’est vue en ce palais indignement traînée. Hélas !
de quelle horreur ses timides esprits À ce nouveau spectacle auront été surpris ? Enfin on me l’enlève.
Une loi trop sévère Va séparer deux cœurs qu’assemblait leur misère : Sans doute on ne veut pas que, mêlant nos douleurs, Nous nous aidions l’un l’autre à porter nos malheurs.
Il suffit. Comme vous je ressens vos injures ; Mes plaintes ont déjà précédé vos murmures. Mais je ne prétends pas qu’un impuissant courroux Dégage ma parole et m’acquitte envers vous. Je ne m’explique point.
Si vous voulez m’entendre, Suivez-moi chez Pallas, où je vais vous attendre.