Scène
Acte III, Scène V
Par Jean Racine
Britannicus vient annoncer à Agrippine que leur parti se forme : des amis se déclarent, la moitié du sénat s’y intéresse, et il cite trois noms — Sylla, Pison, Plautus. La réaction d’Agrippine n’est pas celle qu’il attendait.
Les alliés découvrent qu’ils n’ont pas le même objectif. Britannicus veut un rapport de force ; Agrippine veut seulement de quoi ramener son fils. En nommant les chefs de la noblesse, il lui montre où mène leur alliance, et elle recule. Le jeune homme doit y lire de la lâcheté, la salle une mère qui refuse d’aller jusqu’à détrôner Néron.
11 répliques en alexandrins, réparties à peu près également. Peu de récit, beaucoup de propositions et de réserves : le texte s’apprend en suivant la logique de la négociation. Scène intéressante en atelier pour jouer une alliance qui se fissure sans éclat.
Chapitre : Acte III
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Nos ennemis communs ne sont pas invincibles, Madame ;
nos malheurs trouvent des cœurs sensibles : Vos amis et les miens, jusqu’alors si secrets, Tandis que nous perdions le temps en vains regrets, Animés du courroux qu’allume l’injustice, Viennent de confier leur douleur à Narcisse.
Néron n’est pas encor tranquille possesseur De l’ingrate qu’il aime au mépris de ma sœur. Si vous êtes toujours sensible à son injure, On peut dans son devoir ramener le parjure.
La moitié du sénat s’intéresse pour nous : Sylla, Pison, Plautus…
Sylla, Pison, Plautus… Prince, que dites-vous ? Sylla, Pison, Plautus, les chefs de la noblesse !
Madame, je vois bien que ce discours vous blesse, Et que votre courroux, tremblant, irrésolu, Craint déjà d’obtenir tout ce qu’il a voulu. Non, vous avez trop bien établi ma disgrâce ;
D’aucun ami pour moi ne redoutez l’audace : Il ne m’en reste plus ; et vos soins trop prudents Les ont tous écartés ou séduits dès longtemps.
Seigneur, à vos soupçons donnez moins de créance ; Notre salut dépend de notre intelligence. J’ai promis, il suffit. Malgré vos ennemis, Je ne révoque rien de ce que j’ai promis.
Le coupable Néron fuit en vain ma colère : Tôt ou tard il faudra qu’il entende sa mère. J’essaîrai tour à tour la force et la douceur ;
Ou moi-même, avec moi conduisant votre sœur, J’irai semer partout ma crainte et ses alarmes, Et ranger tous les cœurs du parti de ses larmes. Adieu. J’assiégerai Néron de toutes parts.
Vous, si vous m’en croyez, évitez ses regards.