Scène
Acte V, Scène III
Par Jean Racine
Pendant que Britannicus se rend au festin, Agrippine trouve Junie en larmes et entreprend de la rassurer. Elle raconte l’entrevue d’où elle sort : les embrassements de Néron, ses promesses renouvelées, les secrets qu’il a remis entre ses mains.
Toute la scène est une erreur qui se déploie tranquillement. Agrippine triomphe — « Rome encore une fois va connaître Agrippine » — pendant que le poison agit à côté. Le rôle demande de l’assurance, pas de l’inquiétude : plus la confiance est entière, plus le tumulte final est brutal. Junie, elle, tient la crainte d’un bout à l’autre sans jamais l’argumenter.
11 répliques en alexandrins, dont sept tirades pour Agrippine. Le récit de la réconciliation s’apprend comme un morceau continu ; la rupture des derniers vers, très courte, se répète à part. Convient à deux comédiennes d’âges différents, en atelier.
Chapitre : Acte V
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Madame, ou je me trompe, ou durant vos adieux, Quelques pleurs répandus ont obscurci vos yeux. Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage ? Doutez-vous d’une paix dont je fais mon ouvrage ?
Après tous les ennuis que ce jour m’a coûtés, Ai-je pu rassurer mes esprits agités ? Hélas ! à peine encor je conçois ce miracle.
Quand même à vos bontés je craindrais quelque obstacle, Le changement, madame, est commun à la cour ; Et toujours quelque crainte accompagne l’amour.
Il suffit ; j’ai parlé, tout a changé de face : Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place. Je réponds d’une paix jurée entre mes mains ; Néron m’en a donné des gages trop certains. Ah !
si vous aviez vu par combien de caresses Il m’a renouvelé la foi de ses promesses ; Par quels embrassements il vient de m’arrêter ! Ses bras, dans nos adieux, ne pouvaient me quitter.
Sa facile bonté, sur son front répandue, Jusqu’aux moindres secrets est d’abord descendue : Il s’épanchait en fils qui vient en liberté Dans le sein de sa mère oublier sa fierté.
Mais bientôt reprenant un visage sévère, Tel que d’un empereur qui consulte sa mère, Sa confidence auguste a mis entre mes mains Des secrets d’où dépend le destin des humains.
Non, il le faut ici confesser à sa gloire, Son cœur n’enferme point une malice noire ; Et nos seuls ennemis, altérant sa bonté, Abusaient contre nous de sa facilité : Mais enfin, à son tour, leur puissance décline ;
Rome encore une fois va connaître Agrippine ; Déjà de ma faveur on adore le bruit.
Cependant en ces lieux n’attendons pas la nuit : Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste D’un jour autant heureux que je l’ai cru funeste. Mais qu’est-ce que j’entends ? Quel tumulte confus ! Que peut-on faire ?
Que peut-on faire ? Ô ciel, sauvez Britannicus !