Scène
Acte III, Scène première
Par Jean Racine
L’acte III s’ouvre sur Burrhus rendant compte : Pallas obéira et quittera Rome. La conversation glisse aussitôt du renvoi de l’affranchi vers ce qui inquiète vraiment le gouverneur — l’amour de Néron pour Junie, qui met des armes entre les mains d’Agrippine.
C’est la dernière tentative de Burrhus par la seule persuasion, et elle échoue poliment. Il invoque le devoir, Octavie, la gloire des premières années ; Néron lui répond qu’il le croira pour la guerre et pour le sénat, mais que « l’amour est une autre science ». Le congé est courtois, et c’est ce qui le rend inquiétant : rien n’est refusé, tout est écarté.
15 répliques en alexandrins, dialogue serré avec plusieurs vers partagés entre les deux voix. Ces enchaînements sur hémistiche obligent à apprendre le texte du partenaire autant que le sien. Bon support en cours pour le rapport entre un prince et son conseiller.
Chapitre : Acte III
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Pallas obéira, seigneur.
Pallas obéira, seigneur. Et de quel œil Ma mère a-t-elle vu confondre son orgueil ?
Ne doutez point, seigneur, que ce coup ne la frappe ; Qu’en reproches bientôt sa douleur ne s’échappe. Ses transports dès longtemps commencent d’éclater. À d’inutiles cris puissent-ils s’arrêter !
Quoi ! de quelque dessein la croyez-vous capable ?
Agrippine, seigneur, est toujours redoutable : Rome et tous vos soldats révèrent ses aïeux ; Germanicus son père est présent à leurs yeux. Elle sait son pouvoir ; vous savez son courage ;
Et ce qui me la fait redouter davantage, C’est que vous appuyez vous-même son courroux, Et que vous lui donnez des armes contre vous.
Moi, Burrhus ?
Moi, Burrhus ? Cet amour, seigneur, qui vous possède…
Je vous entends, Burrhus. Le mal est sans remède : Mon cœur s’en est plus dit que vous ne m’en direz ; Il faut que j’aime enfin.
Il faut que j’aime enfin. Vous vous le figurez, Seigneur ; et, satisfait de quelque résistance, Vous redoutez un mal faible dans sa naissance.
Mais si dans son devoir votre cœur affermi Voulait ne point s’entendre avec son ennemi ; Si de vos premiers ans vous consultiez la gloire ;
Si vous daigniez, seigneur, rappeler la mémoire Des vertus d’Octavie indignes de ce prix, Et de son chaste amour vainqueur de vos mépris ;
Surtout si, de Junie évitant la présence, Vous condamniez vos yeux à quelques jours d’absence ; Croyez-moi, quelque amour qui semble vous charmer, On n’aime point, seigneur, si l’on ne veut aimer.
Je vous croirai, Burrhus, lorsque dans les alarmes Il faudra soutenir la gloire de nos armes, Ou lorsque, plus tranquille, assis dans le sénat, Il faudra décider du destin de l’État ;
Je m’en reposerai sur votre expérience. Mais, croyez-moi, l’amour est une autre science, Burrhus ; et je ferais quelque difficulté D’abaisser jusque-là votre sévérité. Adieu. Je souffre trop, éloigné de Junie.