Scène
Acte V, Scène V
Par Jean Racine
Agrippine exige de savoir ce qui vient de se passer. Burrhus, qui a quitté la salle du festin bouleversé, fait le récit de la mort : la coupe, la libation, les serments échangés, et Britannicus tombant sans un mot pendant que Néron explique tranquillement à la cour qu’il s’agit d’un mal d’enfance.
C’est le récit de la pièce, et son effet tient à la retenue. Burrhus rapporte, il ne commente presque pas ; ce qu’il a vu de plus terrible est le calme de l’empereur et la joie mal cachée de Narcisse. Chargé d’émotion, le passage s’affadit ; dit avec la précision d’un rapport, il devient insoutenable.
12 répliques en alexandrins, presque toutes tenues par Burrhus, dont un récit d’une trentaine de vers. La mémorisation suit l’ordre des faits, ce qui aide, mais les paroles de Néron rapportées au style direct demandent un changement de voix à l’intérieur du texte. Choisi en audition par des comédiens confirmés.
Chapitre : Acte V
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Quel attentat, Burrhus !
Quel attentat, Burrhus ! Je n’y pourrai survivre, Madame ; il faut quitter la cour et l’empereur.
Quoi ! du sang de son frère il n’a point eu d’horreur !
Ce dessein s’est conduit avec plus de mystère. À peine l’empereur a vu venir son frère, Il se lève, il l’embrasse, on se tait ;
et soudain César prend le premier une coupe à la main : « Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices, « Ma main de cette coupe épanche les prémices, « Dit-il.
Dieux, que j’appelle à cette effusion, « Venez favoriser notre réunion. » Par les mêmes serments Britannicus se lie. La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ;
Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords, Le fer ne produit point de si puissants efforts, Madame : la lumière à ses yeux est ravie ; Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie.
Jugez combien ce coup frappe tous les esprits. La moitié s’épouvante et sort avec des cris ; Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage, Sur les yeux de César composent leur visage.
Cependant sur son lit il demeure penché ; D’aucun étonnement il ne paraît touché ; « Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence, « A souvent sans péril attaqué son enfance.
» Narcisse veut en vain affecter quelque ennui, Et sa perfide joie éclate malgré lui. Pour moi, dût l’empereur punir ma hardiesse, D’une odieuse cour j’ai traversé la presse ;
Et j’allais, accablé de cet assassinat, Pleurer Britannicus, César et tout l’État.
Le voici. Vous verrez si c’est moi qui l’inspire.