Scène
Acte V, Scène VII
Par Jean Racine
Agrippine se retourne vers Burrhus, qu’elle accusait quelques heures plus tôt d’être l’auteur de sa disgrâce. Elle vient de lire dans le regard de son fils l’annonce de sa propre fin, et prévient le gouverneur qu’il sera frappé après elle.
Les deux adversaires du début de la pièce se retrouvent du même côté, sans que cela sauve personne. Ce qui désespère Burrhus n’est pas le crime, qu’une jalousie peut expliquer, mais le visage de Néron pendant l’agonie : « Ses yeux indifférents ont déjà la constance / D’un tyran dans le crime endurci dès l’enfance. » Il ne demande plus qu’à mourir vite.
7 répliques en alexandrins, réparties en deux tirades pour chacun. Le texte est court et d’un seul ton, donc rapide à fixer. Il sert bien, en cours, à montrer un dénouement où deux ennemis constatent ensemble qu’ils ont perdu.
Chapitre : Acte V
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Ah ciel ! de mes soupçons quelle était l’injustice ! Je condamnais Burrhus pour écouter Narcisse ! Burrhus, avez-vous vu quels regards furieux Néron en me quittant m’a laissés pour adieux ?
C’en est fait, le cruel n’a plus rien qui l’arrête ; Le coup qu’on m’a prédit va tomber sur ma tête. Il vous accablera vous-même à votre tour.
Ah, madame ! pour moi, j’ai vécu trop d’un jour. Plût au ciel que sa main, heureusement cruelle, Eût fait sur moi l’essai de sa fureur nouvelle !
Qu’il ne m’eût pas donné, par ce triste attentat, Un gage trop certain des malheurs de l’État ! Son crime seul n’est pas ce qui me désespère ;
Sa jalousie a pu l’armer contre son frère : Mais s’il vous faut, madame, expliquer ma douleur ;
Néron l’a vu mourir sans changer de couleur, Ses yeux indifférents ont déjà la constance D’un tyran dans le crime endurci dès l’enfance.
Qu’il achève, madame, et qu’il fasse périr Un ministre importun qui ne le peut souffrir. Hélas ! loin de vouloir éviter sa colère, La plus soudaine mort me sera la plus chère.