Scène
Acte III, Scène IV
Par Jean Racine
La scène suit immédiatement l’affrontement avec Burrhus. Albine supplie sa maîtresse de cacher sa colère et lui demande s’il faut vraiment se mêler des amours de César. Agrippine répond en découvrant le motif qu’elle n’avait pas encore nommé.
Ce qu’elle redoute n’est pas le malheur d’Octavie mais sa propre disparition : une épouse sans crédit ne la gênait pas, une favorite aimée lui prend sa place. « Ma place est occupée, et je ne suis plus rien » est la clé du personnage. Jouer le passage en indignation morale le fausse : il s’agit de pouvoir, et de jalousie politique.
7 répliques en alexandrins, dont l’essentiel tient en trois tirades d’Agrippine. Court, resserré, sans situation compliquée à exposer : le passage se mémorise vite et se joue seul. Il montre bien, en cours, ce que dissimule une plainte d’apparence maternelle.
Chapitre : Acte III
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Dans quel emportement la douleur vous engage, Madame ! L’empereur puisse-t-il l’ignorer !
Ah ! lui-même à mes yeux puisse-t-il se montrer !
Madame, au nom des dieux, cachez votre colère. Quoi ! pour les intérêts de la sœur ou du frère, Faut-il sacrifier le repos de vos jours ? Contraindrez-vous César jusque dans ses amours ?
Quoi ! tu ne vois donc pas jusqu’où l’on me ravale, Albine ? C’est à moi qu’on donne une rivale. Bientôt, si je ne romps ce funeste lien, Ma place est occupée, et je ne suis plus rien.
Jusqu’ici d’un vain titre Octavie honorée, Inutile à la cour, en était ignorée : Les grâces, les honneurs, par moi seule versés, M’attiraient des mortels les vœux intéressés.
Une autre de César a surpris la tendresse : Elle aura le pouvoir d’épouse et de maîtresse ; Le fruit de tant de soins, la pompe des Césars, Tout deviendra le prix d’un seul de ses regards. Que dis-je ?
l’on m’évite, et déjà délaissée… Ah ! je ne puis, Albine, en souffrir la pensée. Quand je devrais du ciel hâter l’arrêt fatal, Néron, l’ingrat Néron… Mais voici son rival.