Scène
Acte III, Scène VI
Par Jean Racine
Britannicus presse Narcisse : la rencontre promise avec Junie aura-t-elle lieu ? L’affranchi, qui travaille pour Néron, s’emploie au contraire à le convaincre que la jeune femme l’a trahi et qu’elle s’est donnée à l’empereur.
Le dialogue avance par répliques courtes, souvent coupées en deux, et c’est là que le poison passe. Britannicus reconnaît lui-même qu’il l’excuse et l’idolâtre malgré tout ; Narcisse n’a qu’à retourner cet aveu contre lui. Puis Junie paraît, et l’affranchi sort en courant prévenir Néron : la scène se termine sur une dénonciation.
17 répliques en alexandrins, dont beaucoup ne font qu’un vers ou un hémistiche. Le volume est faible mais la mémoire est sollicitée autrement : les relances sont brèves et l’on s’y perd si le texte du partenaire est mal connu. Exercice exigeant pour deux interprètes en cours de théâtre.
Chapitre : Acte III
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Ne m’as-tu point flatté d’une fausse espérance ? Puis-je sur ton récit fonder quelque assurance, Narcisse ?
Narcisse ? Oui. Mais, seigneur, ce n’est pas en ces lieux Qu’il faut développer ce mystère à vos yeux. Sortons. Qu’attendez-vous ?
Sortons. Qu’attendez-vous ? Ce que j’attends, Narcisse ? Hélas !
Hélas ! Expliquez-vous.
Hélas ! Expliquez-vous. Si par ton artifice, Je pouvais revoir…
Je pouvais revoir… Qui ?
Je pouvais revoir… Qui ? J’en rougis. Mais enfin D’un cœur moins agité j’attendrais mon destin.
Après tous mes discours, vous la croyez fidèle ?
Non, je la crois, Narcisse, ingrate, criminelle, Digne de mon courroux ; mais je sens, malgré moi Que je ne le crois pas autant que je le doi.
Dans ses égarements, mon cœur opiniâtre Lui prête des raisons, l’excuse, l’idolâtre. Je voudrais vaincre enfin mon incrédulité ; Je la voudrais haïr avec tranquillité. Eh !
qui croira qu’un cœur si grand en apparence, D’une infidèle cour ennemi dès l’enfance, Renonce à tant de gloire, et, dès le premier jour, Trame une perfidie inouïe à la cour ?
Eh ! qui sait si l’ingrate, en sa longue retraite, N’a point de l’empereur médité la défaite ?
Trop sûre que ses yeux ne pouvaient se cacher, Peut-être elle fuyait pour se faire chercher, Pour exciter Néron par la gloire pénible De vaincre une fierté jusqu’alors invincible.
Je ne la puis donc voir ?
Je ne la puis donc voir ? Seigneur, en ce moment Elle reçoit les vœux de son nouvel amant.
Eh bien ! Narcisse, allons. Mais que vois-je ? c’est elle.
Ah ! dieux ! À l’empereur portons cette nouvelle.