Scène

Acte V, scène 1

Par Pierre Corneille

Le père et le fils s’expliquent sur le meurtre. Le vieil Horace ne défend pas la victime, qu’il juge coupable, mais reproche à son fils d’avoir déshonoré sa main ; celui-ci lui offre son sang et rappelle qu’un père doit punir ce qu’il n’approuve pas.

Le débat porte sur le droit de punir, non sur la faute elle-même. Chacun revendique une rigueur plus haute que celle de l’autre, et le père se dérobe en avouant qu’il épargne ses fils pour lui-même. L’annonce de la venue du roi interrompt l’échange : les comédiens jouent une explication qui n’aboutit pas.

11 répliques en alexandrins, en tirades moyennes et régulières. La mémorisation est de difficulté moyenne, l’argumentation avançant par oppositions nettes. Bon extrait pour un duo père-fils, plus court et plus abordable que les grandes plaidoiries qui referment la pièce.

Chapitre : Acte V

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LE VIEIL HORACE

Retirons nos regards de cet objet funeste, Pour admirer ici le jugement céleste : 1405Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il faut Confondre notre orgueil qui s’élève trop haut.

LE VIEIL HORACE

Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse ; Il mêle à nos vertus des marques de foiblesse, Et rarement accorde à notre ambition 1410L’entier et pur honneur d’une bonne action.

LE VIEIL HORACE

Je ne plains point Camille : elle étoit criminelle ; Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu’elle : Moi, d’avoir mis au jour un cœur si peu romain ; Toi, d’avoir par sa mort déshonoré ta main.

LE VIEIL HORACE

1415Je ne la trouve point injuste ni trop prompte ; Mais tu pouvois, mon fils, t’en épargner la honte : Son crime, quoique énorme et digne du trépas, Étoit mieux impuni que puni par ton bras.

HORACE

Disposez de mon sang, les lois vous en font maître ; 1420J’ai cru devoir le sien aux lieux qui m’ont vu naître.

HORACE

Si dans vos sentiments mon zèle est criminel, S’il m’en faut recevoir un reproche éternel, Si ma main en devient honteuse et profanée, Vous pouvez d’un seul mot trancher ma destinée : 1425Reprenez tout ce sang de qui ma lâcheté A si brutalement souillé la pureté.

HORACE

Ma main n’a pu souffrir de crime en votre race ; Ne souffrez point de tache en la maison d’Horace.

HORACE

C’est en ces actions dont l’honneur est blessé 1430Qu’un père tel que vous se montre intéressé : Son amour doit se taire où toute excuse est nulle ; Lui-même il y prend part lorsqu’il les dissimule ;

HORACE

Et de sa propre gloire il fait trop peu de cas, Quand il ne punit point ce qu’il n’approuve pas.

LE VIEIL HORACE

1435Il n’use pas toujours d’une rigueur extrême ; Il épargne ses fils bien souvent pour soi-même ; Sa vieillesse sur eux aime à se soutenir, Et ne les punit point, de peur de se punir.

LE VIEIL HORACE

Je te vois d’un autre œil que tu ne te regardes ; 1440Je sais… Mais le Roi vient, je vois entrer ses gardes.

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