Scène
Acte II, scène 2
Par Pierre Corneille
Flavian arrive d’Albe avec le nom des trois champions désignés. Curiace le presse, croit avoir mal entendu, fait répéter : ce sont ses deux frères et lui. Il charge le messager de reporter au dictateur une réponse brève et glaçante.
Tout tient dans la seconde où l’information tombe. L’échange se resserre, la stichomythie casse le vers en deux, et l’acteur doit faire entendre la sidération sans jouer le cri. Flavian, lui, ne comprend rien à cette froideur : il sert de témoin extérieur et mesure pour le spectateur l’effet du coup.
11 répliques en alexandrins, la plupart très courtes, avec des vers partagés entre les deux personnages. La mémorisation est rapide, mais l’enchaînement exige une précision d’horlogerie : une réplique manquée casse tout le rythme. Excellent exercice de partition de vers pour deux comédiens.
Chapitre : Acte II
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Albe de trois guerriers a-t-elle fait le choix ?
Je viens pour vous l’apprendre.
410Je viens pour vous l’apprendre[2].Eh bien, qui sont les trois ?
Vos deux frères et vous.
Vos deux frères et vous.Qui ?
Vos deux frères et vous.Qui ?Vous et vos deux frères. Mais pourquoi ce front triste et ces regards sévères ? Ce choix vous déplaît-il ?
Ce choix vous déplaît-il ?Non, mais il me surprend : Je m’estimois trop peu pour un honneur si grand.
415Dirai-je au dictateur, dont l’ordre ici m’envoie, Que vous le recevez avec si peu de joie ? Ce morne et froid accueil me surprend à mon tour.
Dis-lui que l’amitié, l’alliance et l’amour Ne pourront empêcher que les trois Curiaces 420Ne servent leur pays contre les trois Horaces.
Contre eux ! Ah ! c’est beaucoup me dire en peu de mots.
Porte-lui ma réponse, et nous laisse en repos.