Scène
Acte III, scène 3
Par Pierre Corneille
Sabine apporte à Camille la nouvelle du combat interrompu. Camille la connaît déjà et refuse d’y voir un salut : ce délai, dit-elle, ne fera que retarder les larmes. Julie s’en va en promettant de revenir avec des propos d’amour.
La scène oppose deux façons d’attendre : l’espérance raisonnée de Sabine, la lucidité noire de Camille, qui conteste jusqu’à la valeur des oracles. L’échange se termine sur un vers partagé en trois temps où chacune résume sa position. Il faut tenir la discussion d’idées sans l’alourdir, en gardant l’angoisse dessous.
16 répliques en alexandrins, plutôt brèves et bien réparties entre les trois voix. La mémorisation est abordable et la scène se monte vite. Bon choix pour un trio féminin qui cherche un extrait court et complet, avec une chute nette sur la dernière réplique.
Chapitre : Acte III
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Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle.
Je pense la savoir, s’il faut la nommer telle. On l’a dite à mon père, et j’étois avec lui ; Mais je n’en conçois rien qui flatte mon ennui. 835Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes ;
Ce n’est qu’un plus long terme à nos inquiétudes ; Et tout l’allégement qu’il en faut espérer, C’est de pleurer plus tard ceux qu’il faudra pleurer.
Les Dieux n’ont pas en vain inspiré ce tumulte.
840Disons plutôt, ma sœur, qu’en vain on les consulte. Ces mêmes Dieux à Tulle ont inspiré ce choix ; Et la voix du public n’est pas toujours leur voix ;
Ils descendent bien moins dans de si bas étages Que dans l’âme des rois, leurs vivantes images, 845De qui l’indépendante et sainte autorité Est un rayon secret de leur divinité.
C’est vouloir sans raison vous former des obstacles Que de chercher leur voix ailleurs qu’en leurs oracles ; Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu, 850Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.
Un oracle jamais ne se laisse comprendre : On l’entend d’autant moins que plus on croit l’entendre ; Et loin de s’assurer sur un pareil arrêt, Qui n’y voit rien d’obscur doit croire que tout l’est.
855Sur ce qui fait pour nous prenons plus d’assurance, Et souffrons les douceurs d’une juste espérance. Quand la faveur du ciel ouvre à demi ses bras, Qui ne s’en promet rien ne la mérite pas ;
Il empêche souvent qu’elle ne se déploie, 860Et lorsqu’elle descend, son refus la renvoie.
Le ciel agit sans nous en ces événements, Et ne les règle point dessus nos sentiments.
Il ne vous a fait peur que pour vous faire grâce. Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe. 865Modérez vos frayeurs ;
j’espère à mon retour Ne vous entretenir que de propos d’amour, Et que nous n’emploierons la fin de la journée Qu’aux doux préparatifs d’un heureux hyménée.
J’ose encor l’espérer.
J’ose encor l’espérer[2].Moi, je n’espère rien.
870L’effet vous fera voir que nous en jugeons bien.