Scène

Acte IV, scène 3

Par Pierre Corneille

Le vieil Horace reste avec sa fille et lui interdit les larmes : Rome triomphe d’Albe, et ce prix rachète toutes les pertes domestiques. Il annonce qu’il va porter la nouvelle à sa belle-fille, puis recommande à sa fille de recevoir le vainqueur sans faiblesse.

La scène est une seule adresse, sans réponse. Le personnage y règle la conduite des autres comme il a réglé la sienne, et va jusqu’à dire qu’un amant mort se remplace aisément dans Rome. Cette dureté tranquille prépare directement l’explosion qui suit : le comédien doit la jouer sans méchanceté.

6 répliques en alexandrins pour une seule voix, formant une tirade continue. La mémorisation est facilitée par l’enchaînement des consignes, mais rien ne vient relancer l’acteur : il faut tenir le texte seul. Bon morceau de travail pour un rôle d’autorité paternelle.

Chapitre : Acte IV

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LE VIEIL HORACE

Ma fille, il n’est plus temps de répandre des pleurs ; Il sied mal d’en verser où l’on voit tant d’honneurs ; 1175On pleure injustement des pertes domestiques, Quand on en voit sortir des victoires publiques.

LE VIEIL HORACE

Rome triomphe d’Albe, et c’est assez pour nous ; Tous nos maux à ce prix doivent nous être doux. En la mort d’un amant vous ne perdez qu’un homme 1180Dont la perte est aisée à réparer dans Rome ;

LE VIEIL HORACE

Après cette victoire, il n’est point de Romain Qui ne soit glorieux de vous donner la main. Il me faut à Sabine en porter la nouvelle ;

LE VIEIL HORACE

Ce coup sera sans doute assez rude pour elle, 1185Et ses trois frères morts par la main d’un époux Lui donneront des pleurs bien plus justes qu’à vous ;

LE VIEIL HORACE

Mais j’espère aisément en dissiper l’orage, Et qu’un peu de prudence aidant son grand courage Fera bientôt régner sur un si noble cœur 1190Le généreux amour qu’elle doit au vainqueur.

LE VIEIL HORACE

Cependant étouffez cette lâche tristesse ; Recevez-le, s’il vient, avec moins de foiblesse ; Faites-vous voir sa sœur, et qu’en un même flanc Le ciel vous a tous deux formés d’un même sang.

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