Toutes les scènes

Acte V, scène 4

Don Salluste mort, Ruy Blas revient sans épée devant la reine et dit enfin la vérité. Il ne s’approche pas, il raconte : le laquais, l’amour, la faute, la journée passée à courir dans Madrid. Il demande pardon, la reine refuse par deux fois, alors il boit le poison qu’il avait préparé. Elle comprend trop tard, lui pardonne, l’appelle par son nom.

Tout l’enjeu tient dans la distance maintenue entre les deux corps, jusqu’à l’instant où elle le prend dans ses bras. Le comédien doit tenir une confession qui n’est pas une plaidoirie, la voix s’éteignant à mesure, sans jouer l’agonie. La comédienne doit rendre le « jamais » possible, c’est-à-dire humain, sinon le dénouement devient une simple cruauté.

27 répliques pour deux personnages, un texte bref et des échanges de plus en plus courts à mesure que la vie se retire. La mémorisation est facile, la tenue l’est beaucoup moins. Scène finale très travaillée en école, souvent proposée comme duo de fin de cycle.

27 répliquesVictor Hugo

Télécharger la scène en PDF

Le texte complet mis en page pour l'impression : à distribuer en atelier, ou à réviser sur papier.

Créer un compte gratuit pour télécharger
Le texte
tes répliques
RUY BLAS

Maintenant, madame, il faut que je vous dise. — Je n’approcherai pas. — Je parle avec franchise. Je ne suis point coupable autant que vous croyez.

RUY BLAS

Je sens, ma trahison, comme vous la voyez, Doit vous paraître horrible… Oh ! ce n’est pas facile À raconter. Pourtant je n’ai pas l’âme vile. Je suis honnête au fond. — Cet amour m’a perdu.

RUY BLAS

— Je ne me défends pas, je sais bien, j’aurais dû Trouver quelque moyen. La faute est consommée ! — C’est égal, voyez-vous, je vous ai bien aimée.

LA REINE

Monsieur…

RUY BLAS

N’ayez pas peur, je n’approcherai point. À votre majesté je vais de point en point Tout dire. Oh ! croyez-moi, je n’ai pas l’âme vile ! — Aujourd’hui tout le jour j’ai couru par la ville Comme un fou.

RUY BLAS

Bien souvent même on m’a regardé. Auprès de l’hôpital que vous avez fondé, J’ai senti vaguement, à travers mon délire, Une femme du peuple essuyer sans rien dire Les gouttes de sueur qui tombaient de mon front.

RUY BLAS

Ayez pitié de moi, mon Dieu ! mon cœur se rompt !

LA REINE

Que voulez-vous ?

RUY BLAS

Que vous me pardonniez, madame !

LA REINE

Jamais.

RUY BLAS

Jamais ! (Il se lève et marche lentement vers la table.) Bien sûr ?

LA REINE

Non, jamais !

RUY BLAS

(Il prend la fiole posée sur la table, la porte à ses lèvres et la vide d’un trait.) Triste flamme, Éteins-toi !

LA REINE

Que fait-il ?

RUY BLAS

Rien. Mes maux sont finis. Rien. Vous me maudissez, et moi je vous bénis. Voilà tout.

LA REINE

Don César !

RUY BLAS

Quand je pense, pauvre ange, Que vous m’avez aimé !

LA REINE

Quel est ce philtre étrange ? Qu’avez-vous fait ? Dis-moi ! réponds-moi ! parle-moi ! César ! je te pardonne et t’aime et je te croi !

RUY BLAS

Je m’appelle Ruy Blas.

LA REINE

Ruy Blas, je vous pardonne ! Mais qu’avez-vous fait là ? Parle, je te l’ordonne ! Ce n’est pas du poison, cette affreuse liqueur ? Dis ?

RUY BLAS

Si ! c’est du poison. Mais j’ai la joie au cœur. (Tenant la reine embrassée et levant les yeux au ciel.) Permettez, ô mon Dieu ! justice souveraine !

RUY BLAS

Que ce pauvre laquais bénisse cette reine, Car elle a consolé mon cœur crucifié, Vivant par son amour, mourant, par sa pitié !

LA REINE

Du poison ! Dieu ! c’est moi qui l’ai tué ! Je t’aime ! Si j’avais pardonné ?…

RUY BLAS

J’aurais agi de même. (Sa voix s’éteint. La reine le soutient dans ses bras.) Je ne pouvais plus vivre. Adieu ! (Montrant la porte.) Fuyez d’ici !

RUY BLAS

— Tout restera secret. — Je meurs. (Il tombe.)

LA REINE

Ruy Blas !

RUY BLAS

Merci !