Scène
Acte IV, scène 7
Par Victor Hugo
L’épée encore nue à la main, don César rentre et tombe sur son cousin. Il lui raconte alors avec délices tout ce qu’il a fait depuis le matin : l’homme au sac d’argent enivré, les ducats distribués, la duègne renvoyée avec un rendez-vous, le duel qu’il vient de mener. Don Salluste comprend que chacun de ses plans est démoli et voit son ancien complice menacer de crier son nom par la fenêtre.
Les deux cousins de l’acte premier se retrouvent, mais les positions sont renversées : le gueux tient le puissant. Le comique reste noir, puisque don César détruit sans le savoir la seule protection de la reine. Le comédien doit tenir la jubilation du récit face à un partenaire dont l’angoisse monte réplique après réplique, sans jamais chercher la complicité.
48 répliques pour deux rôles, avec de longues séquences narratives pour don César et des interjections brèves pour don Salluste. Le récit reprend des événements déjà vus, ce qui facilite beaucoup la mémorisation. Scène recommandée à qui travaille le duo maître et parasite.
Chapitre : Acte IV
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Ah ! j’en étais bien sûr ! vous voilà donc, vieux diable !
Don César !
Don César !Vous tramez quelque histoire effroyable ! Mais je dérange tout, pas vrai, dans ce moment ? Je viens au beau milieu m’épater lourdement !
Tout est perdu !
Tout est perdu !Depuis toute la matinée, Je patauge à travers vos toiles d’araignée. Aucun de vos projets ne doit être debout. Je m’y vautre au hasard. Je vous démolis tout. C’est très-réjouissant.
C’est très-réjouissant.Démon ! qu’a-t-il pu faire ?
Votre homme au sac d’argent, — qui venait pour l’affaire ! — Pour ce que vous savez ! — qui vous savez ! — (Il rit.) Pour ce que vous savez ! — qui vous savez ! —Parfait !
Eh bien ?
Eh bien ?Je l’ai soûlé.
Eh bien ? Je l’ai soûlé.Mais l’argent qu’il avait ?
J’en ai fait des cadeaux à diverses personnes. Dame ! on a des amis.
Dame ! on a des amis.À tort tu me soupçonnes… Je…
Je…J’ai d’abord rempli mes poches, vous pensez. (Il se remet à rire.) Vous savez bien ? la dame !…
Vous savez bien ? la dame !…Oh !
Vous savez bien ? la dame !… Oh ! Que vous connaissez. — (Don Salluste écoute avec un redoublement d’angoisse. Don César poursuit en riant.)
Qui m’envoie une duègne, affreuse compagnonne, Dont la barbe fleurit et dont le nez trognonne…
Pourquoi ?
Pourquoi ?Pour demander, par prudence et sans bruit Si c’est bien don César qui l’attend cette nuit ?…
(À part.) Ciel ! (Haut.) Ciel !Qu’as-tu répondu ?
Ciel ! Qu’as-tu répondu ?J’ai dit que oui, mon maître ! Que je l’attendais !
Que je l’attendais !Tout n’est pas perdu peut-être !
Enfin, votre tueur, votre grand capitan, Qui m’a dit sur le pré s’appeler — Guritan, (Mouvement de don Salluste.)
Qui ce matin n’a pas voulu voir, l’homme sage, Un laquais de César lui portant un message, Et qui venait céans m’en demander raison.
Eh bien, qu’en as-tu fait ?
Eh bien, qu’en as-tu fait ?J’ai tué cet oison.
Vrai ?
Vrai ?Vrai. Là, sous le mur, à cette heure il expire.
Es-tu sûr qu’il soit mort ?
Es-tu sûr qu’il soit mort ?J’en ai peur.
Es-tu sûr qu’il soit mort ? J’en ai peur.Je respire ! Allons ! bonté du ciel ! il n’a rien dérangé ! Au contraire. Pourtant, donnons-lui son congé. Débarrassons-nous-en ! quel rude auxiliaire !
Pour l’argent, ce n’est rien. (Haut.) Pour l’argent, ce n’est rien.L’histoire est singulière. Et vous n’avez pas vu d’autres personnes ?
Et vous n’avez pas vu d’autres personnes ? Non. Mais j’en verrai. Je veux continuer. Mon nom, Je compte en faire éclat tout à travers la ville. Je vais faire un scandale affreux. Soyez tranquille.
(À part.) Diable ! (Vivement et se rapprochant de don César.) Diable !Garde l’argent, mais quitte la maison !
Oui ? Vous me feriez suivre ! on sait votre façon. Puis je retournerais, aimable destinée, Contempler ton azur, ô Méditerranée ! Point.
Point.Crois-moi.
Point. Crois-moi.Non. D’ailleurs, dans ce palais-prison, Je sens quelqu’un en proie à votre trahison. Toute intrigue de cour est une échelle double. D’un côté, bras liés, morne et le regard trouble, Monte le patient ;
de l’autre, le bourreau. — Or, vous êtes bourreau — nécessairement.
— Or, vous êtes bourreau — nécessairement.Oh !
Moi, je tire l’échelle, et patatras.
Moi, je tire l’échelle, et patatras.Je jure…
Je veux, pour tout gâter, rester dans l’aventure. Je vous sais assez fort, cousin, assez subtil, Pour pendre deux ou trois pantins au même fil. Tiens ! j’en suis un ! Je reste !
Tiens ! J’en suis un ! Je reste !Écoute…
Tiens ! J’en suis un ! Je reste ! Écoute…Rhétorique. Ah ! vous me faites vendre aux pirates d’Afrique ! Ah ! vous me fabriquiez ici des faux César ! Ah ! vous compromettez mon nom !
Ah ! Vous compromettez mon nom !Hasard !
Ah ! Vous compromettez mon nom !Hasard !Hasard ? Mets que font les fripons pour les sots qui le mangent. Point de hasard ! Tant pis si vos plans se dérangent ! Mais je prétends sauver ceux qu’ici vous perdez.
Je vais crier mon nom sur les toits. (Il monte sur l’appui de la fenêtre et regarde au dehors.) Je vais crier mon nom sur les toits.Attendez ! Juste ! des alguazils passent sous la fenêtre.
(Il passe son bras à travers les barreaux, et l’agite en criant) Holà !
(À part.) Holà !Tout est perdu s’il se fait reconnaître !