Scène
Acte II, scène 5
Par Victor Hugo
Pour empêcher le duel, la reine vient chercher don Guritan et le prend à son propre jeu : elle prétend avoir soutenu qu’il ne ferait pas tout pour elle. Le vieil amoureux jure aussitôt d’obéir, et découvre qu’il doit partir à l’instant porter une cassette à l’électeur de Neubourg, à cinq cent cinquante lieues de Madrid. Il résiste, elle insiste, l’embrasse, il cède.
C’est une scène de manœuvre, menée par une femme qui sauve un homme sans pouvoir dire lequel ni pourquoi. Tout l’art consiste à faire tenir une ruse entière dans un ton de badinage. La comédienne doit garder la légèreté jusqu’au dernier vers, où l’angoisse perce enfin, et le comédien doit rendre visible la capitulation d’un homme piégé par son propre serment.
47 répliques pour un texte très court : les échanges se réduisent souvent à deux ou trois mots, en alexandrins partagés. La mémorisation repose sur l’enchaînement plus que sur le sens, il faut apprendre les répliques par paires. Scène à deux idéale pour travailler le rythme.
Chapitre : Acte II
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C’est vous que je cherchais !
C’est vous que je cherchais !Qui me vaut ce bonheur ?
Oh ! Dieu, rien, ou du moins peu de chose, seigneur. (Elle rit.)
Tout à l’heure on disait, parmi d’autres paroles, — Casilda, — vous savez que les femmes sont folles, — Casilda soutenait que vous feriez pour moi Tout ce que je voudrais.
Tout ce que je voudrais.Elle a raison !
Tout ce que je voudrais. Elle a raison !Ma foi, J’ai soutenu que non.
J’ai soutenu que non.Vous avez tort, madame !
Elle a dit que pour moi vous donneriez votre âme, Votre sang…
Votre sang…Casilda parlait fort bien ainsi.
Et moi, j’ai dit que non.
Et moi, j’ai dit que non.Et moi, je dis que si ! Pour votre majesté, je suis prêt à tout faire.
Tout ?
Tout ?Tout !
Tout ?Tout !Eh bien, voyons, jurez que pour me plaire Vous ferez à l’instant ce que je vous dirai.
Par le saint roi Gaspar, mon patron vénéré, Je le jure ! ordonnez. J’obéis, ou je meure !
Bien. Vous allez partir de Madrid tout à l’heure Pour porter cette boîte en bois de calambour À mon père, monsieur l’électeur de Neubourg.
Je suis pris ! (Haut.) Je suis pris !À Neubourg ?
Je suis pris !À Neubourg ?À Neubourg !
Je suis pris !À Neubourg ?À Neubourg !Six cents lieues !
Cinq cent cinquante. — (Elle montre la housse de soie qui enveloppe la cassette.) Cinq cent cinquante. —Ayez grand soin des franges bleues ! Cela peut se faner en route.
Cela peut se faner en route.Et quand partir ?
Sur-le-champ.
Sur-le-champ.Ah ! demain !
Sur-le-champ.Ah ! demain !Je n’y puis consentir.
Je suis pris ! (Haut.) Je suis pris !Mais…
Je suis pris !Mais…Partez !
Je suis pris !Mais… Partez !Quoi ?…
Je suis pris !Mais… Partez !Quoi ?…J’ai votre parole.
Une affaire…
Une affaire…Impossible.
Une affaire… Impossible.Un objet si frivole…
Vite !
Vite !Un seul jour !
Vite !Un seul jour !Néant.
Vite !Un seul jour !Néant.Car…
Vite !Un seul jour !Néant.Car…Faites à mon gré.
Je…Non.
Je… Non.Mais…
Je… Non.Mais…Partez !
Je… Non.Mais… Partez ! Si…
Je… Non.Mais… Partez ! Si… Je vous embrasserai ! (Elle lui saute au cou et l’embrasse.)
(Haut.) Je ne résiste plus. J’obéirai, madame. (À part.) Dieu s’est fait homme ; soit. Le diable s’est fait femme !
Une voiture en bas est là qui vous attend.
Elle avait tout prévu ! (Il écrit sur un papier quelques mots à la hâte et agite une sonnette. Un page paraît.) Elle avait tout prévu ! Page, porte à l’instant Au seigneur don César de Bazan cette lettre. (À part.)
Ce duel, à mon retour il faut bien le remettre. Je reviendrai ! (Haut.) Je reviendrai !Je vais contenter de ce pas Votre majesté.
Votre majesté.Bien.
Votre majesté. Bien.Il ne le tuera pas !