Scène
Acte III, scène 4
Par Victor Hugo
Resté seul après le départ de la reine, Ruy Blas laisse éclater son bonheur. Il revoit le diadème de dentelle d’argent, l’aigle ciselé sur le bracelet d’or, il répète que la reine l’aime et qu’il est donc plus que le roi. Puis il jure devant Dieu de se montrer digne de cette confiance, comme bras pour la souveraine et comme cœur pour la femme.
Le morceau est une extase, placée juste avant la chute : c’est la dernière fois que le personnage est heureux. Le danger est de le déclamer d’un bloc, alors que le texte alterne l’éblouissement, le détail concret des bijoux et le serment solennel. Le comédien doit trouver trois régimes de voix distincts et garder l’élan pour le vœu final.
8 répliques pour un seul locuteur : il s’agit en réalité d’un monologue bref, moins de deux mille caractères. La mémorisation est rapide, la difficulté est ailleurs, dans la tenue du souffle. Morceau d’audition classique pour un jeune premier romantique.
Chapitre : Acte III
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(Il est comme absorbé dans une contemplation angélique.) Adieu.Devant mes yeux c’est le ciel que je voi ! De ma vie, ô mon Dieu ! cette heure est la première.
Devant moi tout un monde, un monde de lumière, Comme ces paradis qu’en songe nous voyons, S’entr’ouvre en m’inondant de vie et de rayons !
Partout, en moi, hors moi, joie, extase et mystère, Et l’ivresse, et l’orgueil, et ce qui sur la terre Se rapproche le plus de la Divinité, L’amour dans la puissance et dans la majesté ! La reine m’aime ! ô Dieu !
c’est bien vrai, c’est moi-même. Je suis plus que le roi puisque la reine m’aime ! Oh ! cela m’éblouit. Heureux, aimé, vainqueur ! Duc d’Olmedo, — l’Espagne à mes pieds, — j’ai son cœur !
Cet ange qu’à genoux je contemple et je nomme, D’un mot me transfigure et me fait plus qu’un homme. Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé ! Oh ! oui, j’en suis bien sûr, elle m’a bien parlé. C’est bien elle.
Elle avait un petit diadème En dentelle d’argent. Et je regardais même, Pendant qu’elle parlait, — je crois la voir encor, — Un aigle ciselé sur son bracelet d’or. Elle se fie à moi, m’a-t-elle dit. — Pauvre ange ! Oh !
s’il est vrai que Dieu, par un prodige étrange, En nous donnant l’amour, voulut mêler en nous Ce qui fait l’homme grand à ce qui le fait doux, Moi, qui ne crains plus rien maintenant qu’elle m’aime, Moi, qui suis tout puissant, grâce à son choix suprême, Moi, dont le cœur gonflé ferait envie aux rois, Devant Dieu qui m’entend, sans peur, à haute voix, Je le dis, vous pouvez vous confier, madame, À mon bras comme reine, à mon cœur comme femme !
Le dévouement se cache au fond de mon amour Pur et loyal ! — Allez, ne craignez rien ! —