Scène

Acte IV, scène 8

Par Victor Hugo

Pour se débarrasser de l’intrus, don Salluste appelle les alguazils qui passaient sous la fenêtre et désigne don César comme le fameux voleur Matalobos. Tout accable le prisonnier : le manteau porte le nom de Salluste, le pourpoint le blason du comte d’Albe, ses poches sont pleines d’objets volés, et l’épée qu’il vient de laisser est encore sanglante. L’alcade l’emmène.

La scène est une mécanique d’accusation, où chaque preuve arrive au bon moment et où la vérité, criée par l’accusé, ne sert qu’à l’enfoncer. Le comique bascule ici franchement dans le cruel. Les comédiens doivent tenir un tempo rapide, don Salluste imperturbable, don César de plus en plus véhément, l’alcade et les alguazils formant un bloc qui n’écoute rien.

36 répliques, très courtes, réparties entre plusieurs rôles dont un groupe d’alguazils. Le texte est bref, un peu plus de deux mille caractères, et se mémorise vite, mais il exige une précision d’horloger dans les enchaînements. Scène collective efficace pour un travail de groupe.

Chapitre : Acte IV

DON CÉSAR

Vous allez consigner dans vos procès-verbaux…

DON SALLUSTE

Que voici le fameux voleur Matalobos !

DON CÉSAR

Comment !

DON SALLUSTE

Comment !Je gagne tout en gagnant vingt-quatre heures. (À l’alcade.) Cet homme ose en plein jour entrer dans les demeures. Saisissez ce voleur. (Les alguazils saisissent don César au collet.)

DON CÉSAR

Saisissez ce voleur.Je suis votre valet, Vous mentez hardiment !

L’ALCADE

Vous mentez hardiment !Qui donc nous appelait ?

DON SALLUSTE

C’est moi.

DON CÉSAR

C’est moi.Pardieu ! c’est fort !

L’ALCADE

C’est moi. Pardieu ! c’est fort !Paix ! je crois qu’il raisonne.

DON CÉSAR

Mais je suis don César de Bazan en personne !

DON SALLUSTE

Don César ? — Regardez son manteau, s’il vous plaît. Vous trouverez Salluste écrit sous le collet. C’est un manteau qu’il vient de me voler. (Les alguazils arrachent le manteau, l’alcade l’examine.)

L’ALCADE

C’est un manteau qu’il vient de me voler.C’est juste.

DON SALLUSTE

Et le pourpoint qu’il porte…

DON CÉSAR

Et le pourpoint qu’il porte…Oh ! le damné Salluste !

DON SALLUSTE

Il est au comte d’Albe, auquel il fut volé… — (Montrant un écusson brodé sur le parement de la manche gauche.) Dont voici le blason !

DON CÉSAR

Dont voici le blason !Il est ensorcelé !

L’ALCADE

Oui, les deux châteaux d’or…

DON SALLUSTE

Oui, les deux châteaux d’or…Et puis, les deux chaudières. Enriquez et Gusman. (En se débattant, don César fait tomber quelques doublons de ses poches.) (Don Salluste montre à l’alcade la façon dont elles sont remplies.)

DON SALLUSTE

Enriquez et Gusman.Sont-ce là les manières Dont les honnêtes gens portent l’argent qu’ils ont ?

L’ALCADE

Hum !

DON CÉSAR

Hum ! Je suis pris ! (Les alguazils le fouillent et lui prennent son argent.)

UN ALGUAZIL

Hum ! Je suis pris !Voilà des papiers.

DON CÉSAR

Hum ! Je suis pris ! Voilà des papiers.Ils y sont ! Oh ! pauvres billets doux sauvés dans mes traverses !

L’ALCADE

Des lettres ?… qu’est cela ? d’écritures diverses… ?

DON SALLUSTE

Toutes au comte d’Albe !

L’ALCADE

Toutes au comte d’Albe !Oui.

DON CÉSAR

Toutes au comte d’Albe ! Oui.Mais…

LES ALGUAZILS

Toutes au comte d’Albe ! Oui. Mais…Pris ! quel bonheur !

UN ALGUAZIL

Un homme est là qu’on vient d’assassiner, seigneur.

L’ALCADE

Quel est l’assassin ?

DON SALLUSTE

Quel est l’assassin ?Lui !

DON CÉSAR

Quel est l’assassin ?Lui !Ce duel ! quelle équipée !

DON SALLUSTE

En entrant, il tenait à la main une épée. La voilà.

L’ALCADE

La voilà.Du sang. — Bien. (À don César.) La voilà. Du sang. — Bien.Allons, marche avec eux ?

DON SALLUSTE

Bonsoir, Matalobos.

DON CÉSAR

Bonsoir, Matalobos.Vous êtes un fier gueux !

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