Scène
Acte IV, scène 4
Par Victor Hugo
Après l’argent, la galanterie : une vieille duègne se présente pour vérifier qu’un rendez-vous nocturne a bien été fixé par celui qui se nomme don César de Bazan. Elle ne connaît ni la dame ni son nom, seulement des consignes, et don César, décidé à ne plus s’étonner de rien, s’attribue le message, se fait indiquer le lieu et se réjouit de contenter son cœur après sa faim.
Deuxième maillon d’une série de méprises, la scène joue sur l’écart entre la dévotion de façade de la duègne et la nature de sa commission. Le comique naît de la politesse maintenue de part et d’autre. Le comédien doit conduire l’échange comme une négociation sérieuse, et réserver les commentaires au public sans jamais rompre le sérieux du dialogue.
41 répliques réparties à peu près également entre deux rôles, avec des reparties brèves et beaucoup d’apartés. La mémorisation demande de bien séparer ce qui est dit à l’autre et ce qui est dit de côté. Duo intéressant pour un comédien et une comédienne de composition.
Chapitre : Acte IV
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Don César de Bazan ! (Don César, absorbé dans ses méditations, relève brusquement la tête.)
Don César De Bazan !Pour le coup ! (À part.) Don César De Bazan !Pour le coup !Oh ! femelle ! (Pendant que la duègne accomplit une profonde révérence au fond du théâtre, il vient stupéfait sur le devant de la scène.)
Mais il faut que le diable ou Salluste s’en mêle ? Gageons que je vais voir arriver mon cousin. Une duègne ! (Haut.) Une duègne !C’est moi, don César, — Quel dessein ?… (À part.)
D’ordinaire une vieille en annonce une jeune.
Seigneur, je vous salue, aujourd’hui jour de jeûne, En Jésus Dieu le fils, sur qui rien ne prévaut.
À galant dénoûment commencement dévot. (Haut.) Ainsi soit-il ! Bonjour.
Ainsi soit-il ! Bonjour.Dieu vous maintienne en joie ! (Mystérieusement.) Avez-vous à quelqu’un qui jusqu’à vous m’envoie, Donné pour cette nuit un rendez-vous secret ?
Mais j’en suis fort capable.
(Elle tire de son garde-infante un billet plié et le lui présente, mais sans le lui laisser prendre.) Mais j’en suis fort capable.
Ainsi, mon beau discret, C’est bien vous qui venez, et pour cette nuit même, D’adresser ce message à quelqu’un qui vous aime, Et que vous savez bien ?
Et que vous savez bien ?Ce doit être moi.
Et que vous savez bien ? Ce doit être moi.Bon. La dame, mariée à quelque vieux barbon, À des ménagements sans doute est obligée, Et de me renseigner céans on m’a chargée. Je ne la connais pas, mais vous la connaissez.
La soubrette m’a dit les choses. C’est assez. Sans les noms.
Sans les noms.Hors le mien.
Sans les noms. Hors le mien.C’est tout simple. Une dame Reçoit un rendez-vous de l’ami de son âme, Mais on craint de tomber dans quelque piége ; mais Trop de précautions ne gâtent rien jamais. Bref !
ici l’on m’envoie avoir de votre bouche La confirmation…
La confirmation…Oh ! La vieille farouche ! Vrai Dieu ! quelle broussaille autour d’un billet doux, Oui, c’est moi, moi, te dis-je !
(Elle pose sur la table le billet plié, que don César examine avec curiosité.) Oui, c’est moi, moi, te dis-je !En ce cas, si c’est vous, Vous écrirez : Venez, au dos de cette lettre.
Mais pas de votre main, pour ne rien compromettre.
Peste ! au fait ! de ma main ! (À part.) Peste ! au fait ! de ma main !Message bien rempli ! (Il tend la main pour prendre la lettre, mais elle est recachetée, et la duègne ne la lui laisse pas toucher.)
N’ouvrez pas. Vous devez reconnaître le pli.
Pardieu ! (À part.) Pardieu !Moi qui brûlais de voir !… jouons mon rôle ! (Il agite la sonnette. Entre un des noirs.) Tu sais écrire ?… (Le noir fait un signe de tête affirmatif. Étonnement de don César.) (À part.)
Tu sais écrire ?…Un signe ! (Haut.) Tu sais écrire ?… Un signe !Es-tu muet, mon drôle ? (Le noir fait un nouveau signe d’affirmation. Nouvelle stupéfaction de don César.) (À part.) Fort bien ! continuez !
des muets à présent ! (Au muet, en lui montrant la lettre, que la vieille tient appliquée sur la table.) — Écris-moi là : Venez. (Le muet écrit.
Don César fait signe à la duègne de reprendre la lettre, et au muet de sortir. Le muet sort.) (À part.) — Écris-moi là : Venez.Il est obéissant !
Vous la verrez ce soir. Est-elle bien jolie ?
Charmante !
Charmante !La suivante est d’abord accomplie. Elle m’a pris à part au milieu du sermon. Mais belle ! un profil d’ange avec l’œil d’un démon. Puis aux choses d’amour elle paraît savante.
Je me contenterais fort bien de la servante !
Nous jugeons, car toujours le beau fait peur au laid, La sultane à l’esclave et le maître au valet. La vôtre est, à coup sûr, fort belle.
La vôtre est, à coup sûr, fort belle.Je m’en flatte.
Je vous baise la main.
Je vous baise la main.Je te graisse la patte. Tiens, vieille !
Tiens, vieille !La jeunesse est gaie aujourd’hui !
Tiens, vieille ! La jeunesse est gaie aujourd’hui !Va.
Si vous aviez besoin… J’ai nom dame Oliva. Couvent San-Isidro. — (Elle sort. Puis la porte se rouvre, et l’on voit sa tête reparaître.) Couvent San-Isidro. —Toujours à droite assise.
Au troisième pilier en entrant dans l’église. (Don César se retourne avec impatience. La porte retombe ; puis elle se rouvre encore, et la vieille reparaît.) Vous la verrez ce soir !
monsieur, pensez à moi Dans vos prières.
Dans vos prières.Ah ! (La duègne disparaît ; la porte se referme.)
Dans vos prières. Ah !Je me résous, ma foi, À ne plus m’étonner. J’habite dans la lune. Me voici maintenant une bonne fortune ; Et je vais contenter mon cœur après ma faim. (Rêvant.) Tout cela me paraît bien beau.
— Gare la fin. (La porte du fond se rouvre. Paraît don Guritan avec deux longues épées nues sous le bras.)