Scène
Acte I, scène 4
Par Victor Hugo
Une fois la cour encore endormie, don Salluste s’assure que personne n’a vu Ruy Blas en livrée dans le palais. Il lui fait quitter son habit, l’installe à la table et lui dicte deux papiers : un billet galant signé César, puis un engagement écrit où Ruy Blas se reconnaît laquais du marquis de Finlas. Il lui passe enfin une épée au cou.
Le piège se referme sans que la victime le sache. Chaque phrase du maître est une pièce du mécanisme : la lettre servira à attirer la reine, l’engagement à tenir le laquais. Le comédien de Ruy Blas doit jouer l’obéissance et le vertige d’un homme à qui l’on promet un destin, celui de don Salluste une bienveillance parfaitement lisse.
29 répliques, très déséquilibrées : don Salluste dicte, Ruy Blas répond par quelques mots. La mémorisation passe par les objets, la lettre, le papier, l’épée, qui jalonnent la scène. Bon exercice pour travailler la manipulation calme, sans hausser la voix.
Chapitre : Acte I
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Adieu.Ta main !Ruy Blas ?
Adieu.Ta main !Ruy Blas ?Monseigneur ?
Adieu.Ta main !Ruy Blas ?Monseigneur ?Ce matin, Quand vous êtes venu, je ne suis pas certain S’il faisait jour déjà ?
s’il faisait jour déjà ? Pas encore, Excellence. J’ai remis au portier votre passe en silence, Et puis je suis monté.
Et puis, je suis monté.Vous étiez en manteau ?
Oui, monseigneur.
Oui, monseigneur.Personne en ce cas au château Ne vous a vu porter cette livrée encore ?
Ni personne à Madrid.
Ni personne à Madrid.C’est fort bien. Allez clore Cette porte. Quittez cet habit. (Ruy Blas dépouille son surtout de livrée et le jette sur un fauteuil.) Cette porte. Quittez cet habit.
Vous avez Une belle écriture, il me semble. — Écrivez : (Il fait signe à Ruy Blas de s’asseoir à la table où sont les plumes et les écritoires. Ruy Blas obéit.) Vous m’allez aujourd’hui servir de secrétaire.
D’abord, un billet doux, — je ne veux rien vous taire, — Pour ma reine d’amour, pour dona Praxedis, Ce démon que je crois venu du paradis. — Là, je dicte. « Un danger terrible est sur ma tête.
« Ma reine seule — peut conjurer la tempête, « En venant me trouver ce soir dans ma maison. « Sinon, je suis perdu. Ma vie et ma raison « Et mon cœur, je mets tout à ses pieds que je baise. » (Il rit et s’interrompt.)
Un danger ! la tournure, au fait, n’est pas mauvaise Pour l’attirer chez moi. C’est que j’y suis expert. Les femmes aiment fort à sauver qui les perd.
— Ajoutez : — « Par la porte au bas de l’avenue, « Vous entrerez la nuit sans être reconnue. « Quelqu’un de dévoué vous ouvrira. » — D’honneur, C’est parfait. — Ah ! signez.
C’est parfait. — Ah ! signez.Votre nom, monseigneur ?
Non pas. Signez César. C’est mon nom d’aventure.
La dame ne pourra connaître l’écriture ?
Bah ! le cachet suffit. J’écris souvent ainsi. Ruy Blas, je pars ce soir, et je vous laisse ici. J’ai sur vous les projets d’un ami très sincère. Votre état va changer, mais il est nécessaire De m’obéir en tout.
Comme en vous j’ai trouvé Un serviteur discret, fidèle et réservé…
Monseigneur !
Monseigneur ! Je vous veux faire un destin plus large.
Où faut-il adresser la lettre ?
Où faut-il adresser la lettre ? Je m’en charge. (S’approchant de Ruy Blas d’un air significatif.) Je veux votre bonheur. (Un silence. Il fait signe à Ruy Blas de se rasseoir à table.) Je veux votre bonheur.
Écrivez : — « Moi, Ruy Blas, « Laquais de monseigneur le marquis de Finlas, « En toute occasion, ou secrète ou publique, « M’engage à le servir comme un bon domestique. » (Ruy Blas obéit.) — Signez. De votre nom.
La date. Bien. Donnez. (Il ploie et serre dans son portefeuille la lettre et le papier que Ruy Blas vient d’écrire.) On vient de m’apporter une épée. Ah ! tenez, Elle est sur ce fauteuil.
(Il désigne le fauteuil sur lequel il a posé l’épée et le chapeau. Il y va et prend l’épée.) Elle est sur ce fauteuil.L’écharpe est d’une soie Peinte et brodée au goût le plus nouveau qu’on voie.
(Il lui fait admirer la souplesse du tissu.) Touchez. — Que dites-vous, Ruy Blas, de cette fleur ?
La poignée est de Gil, le fameux ciseleur, Celui qui le mieux creuse, au gré des belles filles, Dans un pommeau d’épée une boîte à pastilles. (Il passe au cou de Ruy Blas l’écharpe à laquelle est attachée l’épée.)
Mettez-la donc. — Je veux en voir sur vous l’effet. — Mais vous avez ainsi l’air d’un seigneur parfait ! (Écoutant.) On vient… oui. C’est bientôt l’heure où la reine passe. — — Le marquis Del Basto ! —