Scène
Acte V, scène 5
Par Victor Hugo
Le domino noir se démasque : don Ruy Gomez vient réclamer son dû et récite mot pour mot le pacte conclu au troisième acte. Il apporte de quoi tenir la promesse et laisse le choix, le fer ou le poison. Hernani choisit le poison, prend la fiole, la porte à ses lèvres puis recule et demande grâce pour une nuit. Le vieillard lui rappelle sur quoi il a juré, et il reprend la fiole.
La scène est un règlement de dette, mené avec une politesse implacable. Le duc ne se venge pas, il exécute un contrat, et c’est cette froideur qui le rend terrible. Le comédien d’Hernani doit oser la supplication sans perdre sa noblesse, puisque c’est la mention de son père qui le fait céder, non la peur.
27 répliques pour deux rôles, souvent très courtes, avec une citation du serment qui revient comme une pièce de procédure. La mémorisation profite de ce rappel textuel, qui relie la scène à l’acte trois. Duo bref et très fort, à travailler dans l’immobilité.
Chapitre : Acte V
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Si je m’étais trompé !
…« Quoi qu’il puisse advenir, « Quand tu voudras, vieillard, quel que soit le lieu, l’heure, « S’il te passe à l’esprit qu’il est temps que je meure, « Viens, sonne de ce cor, et ne prends d’autres soins.
« Tout sera fait. » — Ce pacte eut les morts pour témoins. Eh bien, tout est-il fait ?
Hé bien ! Tout est-il fait ?C’est lui !
Hé bien ! Tout est-il fait ? C’est lui !Dans ta demeure Je viens, et je te dis qu’il est temps. C’est mon heure. Je te trouve en retard.
Je te trouve en retard.Bien. Quel est ton plaisir ? Que feras-tu de moi ? Parle.
Que feras-tu de moi ? Parle.Tu peux choisir. Du fer ou du poison. Ce qu’il faut, je l’apporte. Nous partirons tous deux.
Nous partirons tous deux.Soit.
Nous partirons tous deux. Soit.Prions-nous ?
Nous partirons tous deux. Soit. Prions-nous ?Qu’importe ?
Que prends-tu ?
Que prends-tu ?Le poison.
Que prends-tu ? Le poison.Bien ! — Donne-moi ta main. (Il présente une fiole à Hernani, qui la reçoit en pâlissant.) (Hernani approche la fiole de ses lèvres, puis recule.)
Bois, — pour que je finisse.Oh ! par pitié, demain ! — Oh !
s’il te reste un cœur, duc, ou du moins une âme, Si tu n’es pas un spectre échappé de la flamme, Un mort damné, fantôme ou démon désormais, Si Dieu n’a point encor mis sur ton front : jamais !
Si tu sais ce que c’est que ce bonheur suprême D’aimer, d’avoir vingt ans, d’épouser quand on aime, Si jamais femme aimée a tremblé dans tes bras, Attends jusqu’à demain ! Demain tu reviendras !
Simple qui parle ainsi ! Demain ! demain ! — Tu railles ! Ta cloche a ce matin sonné tes funérailles ! Et que ferais-je, moi, cette nuit ? J’en mourrais. Et qui viendrait te prendre et t’emporter après ?
Seul descendre au tombeau ! Jeune homme, il faut me suivre !
Eh bien, non ! et de toi, démon, je me délivre ! Je n’obéirai pas.
Je n’obéirai pas.Je m’en doutais. Fort bien. Sur quoi donc m’as-tu fait ce serment ? — Ah, sur rien. Peu de chose après tout ! La tête de ton père ! Cela peut s’oublier. La jeunesse est légère.
Mon père ! Mon père !… — Ah ! j’en perdrai la raison !
Non, ce n’est qu’un parjure et qu’une trahison.
Duc !
Duc !Puisque les aînés des maisons espagnoles Se font jeu maintenant de fausser leurs paroles, Adieu ! (Il fait un pas pour sortir.)
Adieu !Ne t’en va pas.
Adieu ! Ne t’en va pas.Alors…
Adieu ! Ne t’en va pas. Alors…Vieillard cruel ! (Il prend la fiole.) (Rentre doña Sol, sans voir le masque, qui est debout, au fond.)