Scène
Acte IV, scène 5
Par Victor Hugo
L’empereur reste seul et se tourne une dernière fois vers le tombeau. Il demande à Charlemagne s’il est content de lui, s’il a bien dépouillé les misères du roi, s’il peut marcher d’un pied sûr dans le sentier qu’a tracé le géant. Il énumère les dangers qui l’attendent, Venise, Luther, François premier, les mille poignards jaloux, et rapporte la réponse reçue : commencer par la clémence.
Courte coda après le pardon, la scène referme le grand mouvement de l’acte. Le comédien doit y trouver un régime de voix différent de celui du monologue précédent : non plus l’interrogation anxieuse, mais le compte rendu apaisé d’un homme qui vient de décider ce qu’il sera. Le dernier vers doit tomber simplement, comme une leçon reçue et acceptée.
6 répliques pour un seul locuteur, un peu plus de mille caractères : un monologue bref, facile à mémoriser, souvent joué dans le prolongement de la grande méditation devant le tombeau. Il constitue un bon exercice de clôture pour un comédien qui travaille l’ensemble du rôle.
Chapitre : Acte IV
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Laissez-nous seuls tous deux.Il s’incline vers le tombeau. Laissez-nous seuls tous deux.Es-tu content de moi ? Ai-je bien dépouillé les misères du roi, Charlemagne ? Empereur, suis-je bien un autre homme ?
Puis-je accoupler mon casque à la mitre de Rome ? Aux fortunes du monde ai-je droit de toucher ?
Ai-je un pied sûr et ferme, et qui puisse marcher Dans ce sentier, semé des ruines vandales, Que tu nous as battu de tes larges sandales ? Ai-je bien à ta flamme allumé mon flambeau ?
Ai-je compris la voix qui parle en ton tombeau ? — Ah !
j’étais seul, perdu, seul devant un empire, Tout un monde qui hurle, et menace, et conspire, Le danois à punir, le saint père à payer, Venise, Soliman, Luther, François premier, Mille poignards jaloux, luisant déjà dans l’ombre, Des pièges, des écueils, des menaces sans nombre, Vingt peuples dont un seul ferait peur à vingt rois, Tout pressé, tout pressant, tout à faire à la fois, Je t’ai crié : — Par où faut-il que je commence ?
Et tu m’as répondu : — Mon fils, par la clémence !