Scène

Acte I, scène 4

Par Victor Hugo

Resté seul après le départ du roi, Hernani reprend à son compte le mot dont don Carlos vient de se servir pour le sauver : oui, il est bien de sa suite. Il déclare qu’il le suivra nuit et jour, un poignard à la main, non pour obtenir un titre ou une faveur comme les grands de Castille, mais pour prendre le sang de ses veines et venger son père.

Le monologue fixe le moteur de toute la pièce : la haine héritée, un instant ébranlée par l’amour, qui reprend le dessus dès que le rival se révèle roi. Le comédien doit tenir une progression implacable, de la constatation ironique à la menace obsessionnelle, et éviter d’attaquer trop fort, sous peine de n’avoir plus rien pour les derniers vers.

9 répliques attribuées au seul Hernani : c’est un monologue court, moins de mille sept cents caractères, entièrement en alexandrins. La mémorisation est rapide et la structure très répétitive aide beaucoup, chaque mouvement reprenant l’idée de la poursuite. Morceau d’audition très fréquent pour un jeune premier.

Chapitre : Acte I

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HERNANI

Oui, de ta suite, ô roi ! de ta suite ! — J’en suis ! Nuit et jour, en effet, pas à pas, je te suis. Un poignard à la main, l’œil fixé sur ta trace Je vais. Ma race en moi poursuit en toi ta race.

HERNANI

Et puis, te voilà donc mon rival ! Un instant Entre aimer et haïr je suis resté flottant, Mon cœur pour elle et toi n’était point assez large, J’oubliais en l’aimant ta haine qui me charge ;

HERNANI

Mais puisque tu le veux, puisque c’est toi qui viens Me faire souvenir, c’est bon, je me souviens ! Mon amour fait pencher la balance incertaine Et tombe tout entier du côté de ma haine.

HERNANI

Oui, je suis de ta suite, et c’est toi qui l’as dit !

HERNANI

Va, jamais courtisan de ton lever maudit, Jamais seigneur baisant ton ombre, ou majordome Ayant à te servir abjuré son cœur d’homme, Jamais chiens de palais dressés à suivre un roi Ne seront sur tes pas plus assidus que moi !

HERNANI

Ce qu’ils veulent de toi, tous ces grands de Castille, C’est quelque titre creux, quelque hochet qui brille, C’est quelque mouton d’or qu’on se va pendre au cou ; Moi, pour vouloir si peu je ne suis pas si fou !

HERNANI

Ce que je veux de toi, ce n’est point faveurs vaines, C’est l’âme de ton corps, c’est le sang de tes veines, C’est tout ce qu’un poignard, furieux et vainqueur, En y fouillant longtemps peut prendre au fond d’un cœur.

HERNANI

Va devant ! je te suis. Ma vengeance qui veille Avec moi toujours marche et me parle à l’oreille. Va ! je suis là, j’épie et j’écoute, et sans bruit Mon pas cherche ton pas et le presse et le suit.

HERNANI

Le jour tu ne pourras, ô roi, tourner la tête Sans me voir immobile et sombre dans ta fête ; La nuit tu ne pourras tourner les yeux, ô roi, Sans voir mes yeux ardents luire derrière toi ! (Il sort par la petite porte.) ‌

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