Scène
Acte III, scène 7
Par Victor Hugo
Le roi reparti, don Ruy Gomez fait sortir Hernani de sa cachette et pose deux épées sur la table. Hernani refuse le duel et offre sa vie, demandant seulement d’entendre une dernière fois la voix de doña Sol. La conversation change alors de nature : les deux hommes découvrent qu’ils ont le même ennemi, s’allient contre le roi, et Hernani remet au vieillard son cor de montagnard.
Tout le tragique de la pièce naît ici. Le pacte est simple et sans retour : quel que soit le lieu, quelle que soit l’heure, si le duc sonne du cor, Hernani mourra. Le comédien doit faire entendre que ce serment n’est pas un geste de désespoir mais un achat, quelques jours de vie payés au prix fort, et le vieillard un créancier patient.
35 répliques pour deux rôles, avec beaucoup d’échanges courts et une fin très ramassée. Le texte est bref, moins de trois mille caractères, mais chaque réplique compte. Scène indispensable à qui monte des extraits de la pièce, puisqu’elle contient le ressort du dénouement.
Chapitre : Acte III
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Sors. (Hernani paraît à la porte de la cachette. Don Ruy lui montre les deux épées sur la table.) Il s’agit maintenant de me rendre raison. Choisis, et faisons vite. — Allons donc, ta main tremble !
Un duel ! Nous ne pouvons, vieillard, combattre ensemble.
Pourquoi donc ? As-tu peur ? N’es-tu point noble ? Enfer ! Noble ou non, pour croiser le fer avec le fer, Tout homme qui m’outrage est assez gentilhomme !
Vieillard…
Vieillard…Viens me tuer ou viens mourir, jeune homme.
Mourir, oui. Vous m’avez sauvé malgré mes vœux. Donc, ma vie est à vous. Reprenez-la.
Donc, ma vie est à vous. Reprenez-la.Tu veux ? Aux portraits. Vous voyez qu’il le veut. (À Hernani.)
Oh ! c’est à toi, seigneur, que je fais la dernière.
Parle à l’autre Seigneur.
Parle à l’autre Seigneur.Non, non, à toi ! Vieillard, Frappe-moi. Tout m’est bon, dague, épée ou poignard. Mais fais-moi, par pitié, cette suprême joie ! Duc ! Avant de mourir, permets que je la voie !
La voir !
La voir !Au moins permets que j’entende sa voix, Une dernière fois ! rien qu’une seule fois !
L’entendre !
L’entendre !Oh ! je comprends, seigneur, ta jalousie. Mais déjà par la mort ma jeunesse est saisie, Pardonne-moi. Veux-tu, dis-moi, que, sans la voir, S’il le faut, je l’entende ? et je mourrai ce soir.
L’entendre seulement ! contente mon envie ! Mais, oh ! qu’avec douceur j’exhalerais ma vie, Si tu daignais vouloir qu’avant de fuir aux cieux Mon âme allât revoir la sienne dans ses yeux ! — Je ne lui dirai rien.
Tu seras là, mon père. Tu me prendras après.
Tu me prendras après.Saints du ciel ! ce repaire Est-il donc si profond, si sourd et si perdu, Qu’il n’ait entendu rien ?
Qu’il n’ait entendu rien ?Je n’ai rien entendu.
Il a fallu livrer doña Sol ou toi-même.
À qui, livrée ?
À qui, livrée ?Au roi.
A qui, livrée ? Au roi.Vieillard stupide ! il l’aime !
Il l’aime !
Il l’aime !Il nous l’enlève ! il est notre rival !
Ô malédiction ! — Mes vassaux ! À cheval ! À cheval ! poursuivons le ravisseur !
À cheval ! poursuivons le ravisseur !Écoute. La vengeance au pied sûr fait moins de bruit en route. Je t’appartiens. Tu peux me tuer. Mais veux-tu M’employer à venger ta nièce et sa vertu ? Ma part dans ta vengeance !
oh ! fais-moi cette grâce, Et, s’il faut embrasser tes pieds, je les embrasse ! Suivons le roi tous deux. Viens, je serai ton bras, Je te vengerai, duc. Après, tu me tueras.
Alors, comme aujourd’hui, te laisseras-tu faire ?
Oui, duc.
Oui, duc.Qu’en jures-tu ?
Oui, duc. Qu’en jures-tu ?La tête de mon père.
Voudras-tu de toi-même un jour t’en souvenir ?
Écoute, prends ce cor. — Quoi qu’il puisse advenir, Quand tu voudras, seigneur, quel que soit le lieu, l’heure, S’il te passe à l’esprit qu’il est temps que je meure, Viens, sonne de ce cor, et ne prends d’autres soins.
Tout sera fait.
Tout sera fait.Ta main. (Ils se serrent la main. — Aux portraits.)