Scène
Acte III, scène 3
Par Victor Hugo
La noce se prépare, et le pèlerin voit paraître doña Sol en mariée. Il déchire alors sa robe, foule le déguisement aux pieds et se nomme : il est Hernani, l’homme dont la tête vaut mille carolus d’or. Il offre cette tête aux valets, les presse de le livrer, mais don Ruy Gomez refuse, déclare qu’il protégera son hôte même contre le roi, et fait armer le château.
Coup de théâtre et affrontement de deux honneurs. Hernani cherche la mort avec une exaltation qui frôle la provocation ; le vieillard répond par une loi plus ancienne que le roi. Le comédien doit tenir un crescendo public, adressé aux valets autant qu’au duc, sans laisser croire à une simple crise de désespoir : c’est un défi lancé à toute la maison.
22 répliques seulement, mais denses et souvent longues, pour deux rôles principaux devant des valets muets. La mémorisation profite de la répétition du nom et de la somme, qui reviennent comme un refrain. Scène courte et spectaculaire, très utilisée en extrait.
Chapitre : Acte III
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Voici ma Notre-Dame à moi. L’avoir priée Te portera bonheur. (Il va présenter la main à doña Sol, toujours pâle et grave.) Te portera bonheur.Ma belle mariée, Venez. — Quoi ! pas d’anneau ! pas de couronne encor !
Qui veut gagner ici mille carolus d’or ? (Tous se retournent étonnés. Il déchire sa robe de pèlerin, la foule aux pieds, et en sort dans son costume de montagnard.) Je suis Hernani ! Je suis Hernani ! Ciel ! vivant !
Je suis Hernani ! Ciel ! vivant ! Je suis cet homme Qu’on cherche. Au duc. Qu’on chercheVous vouliez savoir si je me nomme Perez ou Diego ? — Non ! je me nomme Hernani.
C’est un bien plus beau nom, c’est un nom de banni, C’est un nom de proscrit ! Vous voyez cette tête ? Elle vaut assez d’or pour payer votre fête ! Aux valets. Je vous la donne à tous. Vous serez bien payés ! Prenez !
liez mes mains, liez mes pieds, liez ! Mais non, c’est inutile, une chaîne me lie Que je ne romprai point. Que je ne romprai point.Malheureuse !
Que je ne romprai point. Malheureuse ! Folie ! Çà, mon hôte est un fou !
Çà, mon hôte est un fou ! Votre hôte est un bandit. Oh ! ne l’écoutez pas.
Oh ! Ne l’écoutez pas.J’ai dit ce que j’ai dit.
Mille carolus d’or ! monsieur, la somme est forte, Et je ne suis pas sûr de tous mes gens.
Et je ne suis pas sûr de tous mes gens.Qu’importe ? Tant mieux si dans le nombre il s’en trouve un qui veut. Aux valets Livrez-moi ! vendez-moi !
Livrez-moi ! vendez-moi ! Taisez-vous donc ! on peut Vous prendre au mot.
Vous prendre au mot.Amis, l’occasion est belle ! Je vous dis que je suis le proscrit, le rebelle, Hernani !
Hernani ! Taisez-vous !
Hernani ! Taisez-vous ! Hernani ! Hernani ! Taisez-vous ! Hernani ! Oh ! tais-toi !
On se marie ici ! Je veux en être, moi ! Mon épousée aussi m’attend. (Au duc.) Que la vôtre, seigneur, mais n’est pas moins fidèle. C’est la mort ! (Aux valets.) Par pitié !
Par pitié ! Hernani ! mille carolus d’or !
C’est le démon !
C’est le démon.Viens, toi ; tu gagneras la somme. Riche alors, de valet tu redeviendras homme. (Aux valets qui restent immobiles.)
Frère, à toucher ta tête ils risqueraient la leur. Fusses-tu Hernani, fusses-tu cent fois pire, Pour ta vie au lieu d’or offrît-on un empire, Mon hôte !
Je te dois protéger en ce lieu, Même contre le roi, car je te tiens de Dieu. S’il tombe un seul cheveu de ton front, que je meure ! À doña Sol. Ma nièce, vous serez ma femme dans une heure ; Rentrez chez vous.
Je vais faire armer le château, J’en vais fermer la porte. (Il sort. Les valets le suivent.)
J’en vais fermer la porte.Oh ! Pas même un couteau !