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Acte II, scène 1

Sous le balcon de doña Sol, la nuit, don Carlos attend avec trois seigneurs de sa suite. Il raconte comment il a laissé partir le bandit rencontré la veille, avoue qu’il en veut à la maîtresse et non à la tête, et prépare l’enlèvement. Pendant l’attente, don Ricardo se fait nommer comte au vol d’une réplique et les autres commentent le sort réservé aux bâtards royaux.

La scène tient de la comédie de cour transposée dans la rue : des courtisans qui parlent avantage et carrière pendant que leur maître guette une fenêtre. L’enjeu pour les comédiens est de faire vivre l’attente sans la subir, chaque bavardage occupant le temps que le roi passe à compter les lumières qui s’éteignent.

42 répliques réparties entre quatre rôles masculins, avec un texte assez également distribué et beaucoup de reparties courtes. La mémorisation demande surtout d’ancrer les enchaînements, souvent construits sur un mot repris. Scène de groupe utile pour travailler l’ironie et la hiérarchie.

42 répliquesVictor Hugo

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Le texte
tes répliques
DON CARLOS

(Ils arrivent tous quatre, don Carlos en tête, chapeaux rabattus, enveloppés de longs manteaux dont leurs épées soulèvent le bord inférieur.)

DON CARLOS

Voilà bien le balcon, la porte… mon sang bout. (Montrant la fenêtre qui n’est pas éclairée.) (Il promène ses yeux sur les croisées éclairées.) Où je n’en voudrais pas, hors à cette fenêtre Où j’en voudrais !

DON SANCHO

Seigneur, reparlons de ce traître. Et vous l’avez laissé partir !

DON CARLOS

Comme tu dis.

DON MATIAS

Et peut-être c’était le major des bandits !

DON CARLOS

Qu’il en soit le major ou bien le capitaine, Jamais roi couronné n’eut mine plus hautaine.

DON SANCHO

Son nom, seigneur ?

DON CARLOS

Muñoz… Fernan… (Avec le geste d’un homme qui se rappelle tout à coup.)

DON SANCHO

Hernani, peut-être ?

DON CARLOS

Oui.

DON SANCHO

C’est lui !

DON MATIAS

C’est Hernani ? Le chef !

DON SANCHO

De ses propos vous reste-t-il mémoire ?

DON CARLOS

Hé ! je n’entendais rien dans leur maudite armoire !

DON SANCHO

Mais pourquoi le lâcher lorsque vous le tenez ? (Don Carlos se détourne gravement et le regarde en face.)

DON CARLOS

Comte de Monterey, vous me questionnez ! (Les seigneurs reculent et se taisent.) J’en veux à sa maîtresse et non point à sa tête. J’en suis amoureux fou ! Les yeux noirs les plus beaux, Mes amis ! deux miroirs !

DON CARLOS

deux rayons ! deux flambeaux ! Je n’ai bien entendu de toute leur histoire Que ces trois mots : — Demain, venez à la nuit noire ! Mais c’est l’essentiel. Est-ce pas excellent ?

DON CARLOS

Pendant que ce bandit, à mine de galant, S’attarde à quelque meurtre, à creuser quelque tombe. Je viens tout doucement dénicher sa colombe.

DON RICARDO

Altesse, il eût fallu, pour compléter le tour, Dénicher la colombe en tuant le vautour.

DON CARLOS

Comte, un digne conseil ! vous avez la main prompte !

DON RICARDO

Sous quel titre plaît-il au roi que je sois comte ?

DON SANCHO

C’est méprise !

DON RICARDO

Le roi m’a nommé comte.

DON CARLOS

Assez ! Bien. À Ricardo. J’ai laissé tomber ce titre… Ramassez.

DON RICARDO

Merci, seigneur !

DON SANCHO

Beau comte ! un comte de surprise ! (Don Carlos se promène au fond du théâtre, examinant avec impatience les fenêtres éclairées. Les deux seigneurs causent sur le devant.)

DON MATIAS

Mais que fera le roi, la belle une fois prise ?

DON SANCHO

Il la fera comtesse, et puis dame d’honneur. Puis, qu’il en ait un fils, il sera roi.

DON MATIAS

Seigneur, Allons donc ! un bâtard ! Comte, fût-on altesse, On ne saurait tirer un roi d’une comtesse !

DON SANCHO

Il la fera marquise alors, mon cher marquis.

DON MATIAS

On garde les bâtards pour les pays conquis, On les fait vice-rois. C’est à cela qu’ils servent. (Don Carlos revient.)

DON CARLOS

Dirait-on pas des yeux jaloux qui nous observent ?… Enfin, en voilà deux qui s’éteignent ! allons ! Messieurs, que les instants de l’attente sont longs ! Qui fera marcher l’heure avec plus de vitesse ?

DON SANCHO

C’est ce que nous disons souvent chez votre altesse.

DON CARLOS

Cependant que chez vous mon peuple le redit. (La dernière fenêtre éclairée s’éteint.) (Tourné vers le balcon de doña Sol, toujours noir.) Quand t’allumeras-tu ? — Cette nuit est bien sombre.

DON CARLOS

Doña Sol, viens briller comme un astre dans l’ombre ! À don Ricardo Est-il minuit ?

DON RICARDO

Minuit bientôt.

DON CARLOS

Il faut finir Pourtant ! À tout moment l’autre peut survenir. (La fenêtre de doña Sol s’éclaire. On voit son ombre se dessiner sur les vitraux lumineux.) Mes amis ! un flambeau !

DON CARLOS

son ombre à la fenêtre ! Jamais jour ne me fut plus charmant à voir naître. Hâtons-nous ! faisons-lui le signal qu’elle attend : Il faut frapper des mains trois fois. Dans un instant, Mes amis, vous allez la voir !

DON CARLOS

— Mais notre nombre Va l’effrayer peut-être… Allez tous trois dans l’ombre Là-bas, épier l’autre. Amis, partageons-nous Les deux amans ; tenez, à moi la dame, à vous Le brigand.

DON RICARDO

Grand merci !

DON CARLOS

S’il vient, de l’embuscade Sortez vite, et poussez au drôle une estocade. Pendant qu’il reprendra ses esprits sur le grès, J’emporterai la belle, et nous rirons après.

DON CARLOS

N’allez pas cependant le tuer ! c’est un brave Après tout, et la mort d’un homme est chose grave. ‌