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Acte IV, scène 3

Les conjurés arrivent un à un dans les caveaux, échangent le mot de passe et se comptent avant d’ouvrir la séance. Le duc de Gotha expose le grief : l’Espagnol prétend au saint-empire. On tire au sort le nom de celui qui frappera, et le sort désigne Hernani. Don Ruy Gomez lui propose alors de lui racheter le coup contre le cor ; Hernani refuse, et tous jurent sur la croix.

La scène est chorale : des voix dans l’ombre, un mot de passe répété, un serment collectif. L’enjeu est de faire exister un groupe et non une file d’acteurs, puis de laisser émerger le duel entre les deux hommes qui savent, eux, ce que vaut le cor. Le contraste entre la rumeur des conjurés et cet aparté fait toute la tension.

65 répliques réparties entre une douzaine de rôles, la plupart très courtes, dont plusieurs anonymes. Chaque comédien mémorise peu de texte, mais les enchaînements et les reprises collectives demandent un vrai travail d’ensemble. Scène de choix pour une classe ou une troupe nombreuse.

65 répliquesVictor Hugo

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Le texte
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LES CONJURÉS

(Ils vont les uns aux autres, en se prenant la main, et en échangeant quelques paroles à voix basse.)

PREMIER CONJURÉ

Entrons ! Ad augusta.

DEUXIÈME CONJURÉ

Per angusta.

PREMIER CONJURÉ

Les saints Nous protègent.

TROISIÈME CONJURÉ

Les morts nous servent.

PREMIER CONJURÉ

Dieu nous garde. (Bruit de pas dans l’ombre.)

DEUXIÈME CONJURÉ

Qui vive ?

VOIX DANS L’OMBRE

Ad augusta.

DEUXIÈME CONJURÉ

Per angusta. (Entrent de nouveaux conjurés. — Bruit de pas.)

PREMIER CONJURÉ

Regarde ; Il vient encor quelqu’un.

TROISIÈME CONJURÉ

Qui vive ?

VOIX DANS L’OMBRE

Ad augusta.

TROISIÈME CONJURÉ

Per angusta. (Entrent de nouveaux conjurés qui échangent des signes mystérieux avec les autres.)

PREMIER CONJURÉ

C’est bien, nous voilà tous. — Gotha, Fais le rapport. — Amis, l’ombre attend la lumière.

LE DUC DE GOTHA

Amis, Charles D’Espagne, étranger par sa mère, Prétend au saint-empire.

PREMIER CONJURÉ

Il aura le tombeau.

LE DUC DE GOTHA

(Il jette sa torche et l’écrase du pied.) Qu’il en soit de son front comme de ce flambeau !

TOUS

Que ce soit !

PREMIER CONJURÉ

Mort à lui !

LE DUC DE GOTHA

Qu’il meure !

TOUS

Qu’on l’immole !

DON JUAN DE HARO

Son père est allemand.

LE DUC DE LUTZELBOURG

Sa mère est espagnole.

LE DUC DE GOTHA

Il n’est plus espagnol et n’est pas allemand. Mort !

UN CONJURÉ

Si les électeurs allaient en ce moment Le nommer empereur ?

PREMIER CONJURÉ

Eux ! lui ! jamais !

DON GIL TELLEZ GIRON

Qu’importe Amis ! frappons la tête et la couronne est morte !

PREMIER CONJURÉ

S’il a le saint empire, il devient, quel qu’il soit, Très auguste, et Dieu seul peut le toucher du doigt.

LE DUC DE GOTHA

Le plus sûr, c’est qu’avant d’être auguste il expire.

PREMIER CONJURÉ

On ne l’élira point !

TOUS

Il n’aura pas l’empire !

PREMIER CONJURÉ

Combien faut-il de bras pour le mettre au linceul ?

TOUS

Un seul.

PREMIER CONJURÉ

Combien faut-il de coups au cœur ?

TOUS

Un seul.

PREMIER CONJURÉ

Qui frappera ?

TOUS

Nous tous.

PREMIER CONJURÉ

La victime est un traître. Ils font un empereur ; nous, faisons un grand-prêtre. Tirons au sort. Prions. (Tous s’agenouillent.

PREMIER CONJURÉ

Le premier conjuré se lève et dit :) Frappe comme un romain, meure comme un hébreu !

PREMIER CONJURÉ

Il faut qu’il brave roue et tenailles mordantes, Qu’il chante aux chevalets, rie aux lampes ardentes, Enfin que pour tuer et mourir, résigné, Il fasse tout ! (Il tire un des parchemins de l’urne.)

TOUS

Quel nom ?

PREMIER CONJURÉ

Hernani.

HERNANI

J’ai gagné ! — Je te tiens, toi que j’ai si longtemps poursuivie, Vengeance !

DON RUY GOMEZ

Oh ! cède-moi ce coup !

HERNANI

Non, sur ma vie ! Oh ! ne m’enviez pas ma fortune, seigneur ! C’est la première fois qu’il m’arrive bonheur.

DON RUY GOMEZ

Tu n’as rien. Eh bien, tout, fiefs, châteaux, vasselages, Cent mille paysans dans mes trois cents villages, Pour ce coup à frapper, je te les donne, ami !

HERNANI

Non !

LE DUC DE GOTHA

Ton bras porterait un coup moins affermi, Vieillard !

DON RUY GOMEZ

Arrière, vous ! sinon le bras, j’ai l’âme. Aux rouilles du fourreau ne jugez point la lame. À Hernani. Tu m’appartiens !

HERNANI

Ma vie à vous ! la sienne à moi.

DON RUY GOMEZ

Eh bien, écoute, ami. Je te rends ce cor.

HERNANI

Quoi ! La vie ? — Eh, que m’importe ? Ah ! je tiens ma vengeance ! Avec Dieu dans ceci je suis d’intelligence. J’ai mon père à venger… peut être plus encor !

HERNANI

— Elle, me la rends-tu ?

DON RUY GOMEZ

Jamais ! Je rends ce cor.

HERNANI

Non !

DON RUY GOMEZ

Réfléchis, enfant !

HERNANI

Duc ! laisse-moi ma proie.

DON RUY GOMEZ

Eh bien ! maudit sois-tu de m’ôter cette joie ! (Il remet le cor à sa ceinture.)

PREMIER CONJURÉ

Frère ! avant qu’on ait pu l’élire, il serait bien D’attendre dès ce soir Carlos…

HERNANI

Ne craignez rien ! Je sais comment on pousse un homme dans la tombe.

PREMIER CONJURÉ

Que toute trahison sur le traître retombe, Et Dieu soit avec vous ! — Nous, comtes et barons, S’il périt sans tuer, continuons ! Jurons De frapper tour à tour et sans nous y soustraire, Carlos qui doit mourir.

TOUS

Jurons !

LE DUC DE GOTHA

Sur quoi, mon frère ?

DON RUY GOMEZ

Jurons sur cette croix !

TOUS

Qu’il meure impénitent ! ‌