Scène
Acte I, scène 1
Par Victor Hugo
Nuit à Saragosse, dans la chambre de doña Sol. La duègne attend l’amant de sa maîtresse et ouvre à un homme dissimulé sous son manteau : ce n’est pas celui qu’elle croyait. L’inconnu la menace, l’interroge sur la jeune fille promise à son vieil oncle, lui met sous les yeux une bourse et une lame, puis se fait cacher dans une armoire. C’est don Carlos, roi d’Espagne.
L’ouverture de la pièce donne le ton : un roi accroupi dans un placard, une vieille femme terrorisée qui compte les pièces, et la certitude qu’un troisième homme va venir. Le comédien doit tenir l’ironie tranchante de don Carlos, qui menace en riant, et laisser la duègne installer le comique d’effroi qui rend la scène jouable.
22 répliques en alexandrins, très majoritairement pour don Carlos, l’essentiel du texte tenant en questions brèves et en réponses arrachées. La mémorisation est rapide, la difficulté est de tenir le rythme des interrogations. Scène d’exposition courte et efficace, utile pour aborder le rôle du roi avant les grands monologues.
Chapitre : Acte I
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Serait-ce déjà lui.C’est bien à l’escalier Dérobé. (Un quatrième coup.) Dérobé.Vite, ouvrons. (Elle ouvre la petite porte masquée. Entre don Carlos, le manteau sur le visage et le chapeau sur les yeux.) Dérobé.
Vite, ouvrons.Bonjour, beau cavalier. Quoi ! Seigneur Hernani, ce n’est pas vous ! — Main-forte ! Au feu !
Au feu !Deux mots de plus, duègne, vous êtes morte ! (Il la regarde fixement. Elle se tait effrayée.) Suis-je chez doña Sol ? fiancée au vieux duc De Pastraña, son oncle, un bon seigneur, caduc, Vénérable et jaloux ?
dites ! La belle adore Un cavalier sans barbe et sans moustache encore, Et reçoit tous les soirs, malgré les envieux, Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux. Suis-je bien informé ? Suis-je bien informé ?
Elle se tait. Il la secoue par le bras. Suis-je bien informé ?Vous répondrez peut-être. Vous m’avez défendu de dire deux mots, maître.
Aussi n’en veux-je qu’un. — Oui, — non. — Ta dame est bien Doña Sol De Silva ? Parle. Doña Sol De Silva ? Parle.Oui. — Pourquoi ?
Doña Sol De Silva ? Parle. Oui. Pourquoi ?Pour rien. Le duc, son vieux futur, est absent à cette heure ? Oui.
Oui.Sans doute elle attend son jeune ? Oui. Sans doute elle attend son jeune ? Oui.
Oui. Sans doute elle attend son jeune ? Oui.Que je meure ! Oui.
Oui.Duègne, c’est ici qu’aura lieu l’entretien ? Oui.
Oui.Cache-moi céans. Oui. Cache-moi céans.Vous !
Oui. Cache-moi céans.Vous ! Moi. Oui. Cache-moi céans.Vous ! Moi.Pourquoi ?
Oui. Cache-moi céans.Vous ! Moi.Pourquoi ? Pour rien. Moi, vous cacher !
Moi, vous cacher ! Ici. Moi, vous cacher ! Ici.Jamais.
Moi, vous cacher ! Ici. Jamais. — Daignez, madame, Choisir de cette bourse ou bien de cette lame. Vous êtes donc le diable ?
Vous êtes donc le diable ? Oui, duègne. Vous êtes donc le diable ? Oui, duègne.Entrez ici.
Cette boîte ? Cette boîte ? Va-t’en, si tu n’en veux pas.
Cette boîte ? Va-t’en, si tu n’en veux pas.Si ! (L’examinant encore.) Le manche du balai qui te sert de monture ? (Il s’y blottit avec peine.) Ouf ! Un homme ici !
Ouf ! Un homme ici ! C’est une femme, est-ce pas, Qu’attendait ta maîtresse ? Qu’attendait ta maîtresse ? Ô ciel ! j’entends le pas De doña Sol. — Seigneur, fermez vite la porte.
(Elle pousse la porte de l’armoire qui se referme.)
Si vous dites un mot, duègne, vous êtes morte. Qu’est cet homme ? Jésus mon Dieu ! si j’appelais ?… Qui ? Hors madame et moi, tout dort dans le palais. Bah ! l’autre va venir. La chose le regarde.
Il a sa bonne épée, et que le ciel nous garde De l’enfer ! Pesant la bourse. De l’enfer ! Après tout, ce n’est pas un voleur. (Entre doña Sol, en blanc. Doña Josefa cache la bourse.)