Scène
Acte III, scène 2
Par Victor Hugo
Un pèlerin frappe à la porte du château le jour des noces. Don Ruy Gomez le reçoit, l’interroge sur sa route, lui parle de la troupe du banni et de la grosse somme promise à qui livrera Hernani, sans se douter qu’il s’adresse à lui. Le pèlerin élude, se dit en chemin vers Notre-Dame del Pilar, refuse de donner son nom, et le duc l’accueille sans l’exiger.
Toute la scène repose sur l’ironie tragique : le spectateur sait, le vieillard non, et chaque question tombe à côté de la vérité. Elle installe surtout la loi qui fera basculer l’acte, l’hospitalité sacrée, formulée dans le vers où le duc dit qu’il accueillerait Satan si Dieu le lui envoyait. Le jeu doit rester simple et courtois.
28 répliques très brèves pour deux rôles, un peu plus de deux mille caractères, avec de nombreux alexandrins partagés. La mémorisation est rapide mais suppose de bien tenir les enchaînements, car le sens tient au tac au tac. Bonne scène de duo pour un travail sur le sous-texte.
Chapitre : Acte III
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
(Hernani s’arrête sur le seuil de la porte.)
Laisser son hôte attendre ! ah ! c’est mal ! Monseigneur, Paix et bonheur à vous !
Paix et bonheur à vous ! À toi paix et bonheur, Mon hôte ! (Hernani entre. Le duc se rassied.) Mon hôte ! N’es-tu pas pèlerin ?
Mon hôte ! N’es-tu pas pèlerin ? Oui.
Mon hôte ! N’es-tu pas pèlerin ? Oui.Sans doute Tu viens d’Armillas ?
Tu viens d’Armillas ? Non, j’ai pris une autre route. On se battait par là.
On se battait par là.La troupe du banni, N’est-ce pas ?
N’est-ce pas ? Je ne sais.
N’est-ce pas ? Je ne sais.Le chef, le Hernani, Que devient-il ? sais-tu ?
Que devient-il ? sais-tu ? Seigneur, quel est cet homme ?
Tu ne le connais pas ? tant pis ! la grosse somme Ne sera point pour toi. Vois-tu, ce Hernani, C’est un rebelle au roi, trop longtemps impuni. Si tu vas à Madrid, tu le pourras voir pendre.
Je n’y vais pas.
Je n’y vais pas.Sa tête est à qui veut la prendre.
Qu’on y vienne !
Qu’on y vienne ! Où vas-tu, bon pèlerin ?
Qu’on y vienne ! Où vas-tu, bon pèlerin ? Seigneur, Je vais à Saragosse.
Je vais à Saragosse.Un vœu fait en l’honneur D’un saint ? de Notre-Dame ?
D’un saint ? de Notre-Dame ? Oui, duc, de Notre-Dame.
Del Pilar ?
Del Pilar ? Del Pilar.
Del Pilar ? Del Pilar.Il faut n’avoir point d’âme Pour ne point acquitter les vœux qu’on fait aux saints. Mais, le tien accompli, n’as-tu d’autres desseins ? Voir le pilier, c’est là tout ce que tu désires ?
Oui, je veux voir brûler les flambeaux et les cires, Voir Notre-Dame au fond du sombre corridor, Luire en sa châsse ardente, avec sa chape d’or, Et puis m’en retourner.
Et puis m’en retourner.Fort bien. — Ton nom, mon frère ? Je suis Ruy De Silva.
Je suis Ruy De Silva.Mon nom ?…
Je suis Ruy De Silva.Mon nom ?…Tu peux le taire Si tu veux. Nul n’a droit de le savoir ici. Viens-tu pas demander asile ?
Viens-tu pas demander asile ? Oui, duc.
Viens-tu pas demander asile ? Oui, duc.Merci. Sois le bienvenu. Reste, ami, ne te fais faute De rien. Quant à ton nom, tu te nommes mon hôte. Qui que tu sois, c’est bien !
et, sans être inquiet, J’accueillerais Satan, si Dieu me l’envoyait.