Scène
Acte III, Scène XXII
Par Molière
Argan est ressuscité et bien disposé. Angélique se jette à ses pieds, Cléante et Béralde plaident, Toinette appuie ; Argan finit par poser sa condition : il consent au mariage si le prétendant se fait médecin.
Cléante accepte tout, apothicaire compris. Puis Béralde retourne l’idée : que son frère se fasse médecin lui-même, la commodité sera plus grande encore d’avoir chez soi tout ce qu’il faut. Le passage est la conclusion logique de la pièce — on ne guérit pas Argan de son obsession, on la lui met entre les mains. Ses objections, l’âge, le latin, la connaissance des maladies, tombent une à une, et il faut qu’il se laisse convaincre par gourmandise plutôt que par sottise.
26 répliques en prose, cinq personnages, échanges vifs et courts dans la seconde moitié. Peu de texte long, mais beaucoup d’enchaînements à ne pas confondre, Béralde et Toinette se relayant sans cesse. Bonne scène de fin de session en atelier, avec une distribution large.
Chapitre : Acte III
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Ah ! quelle surprise agréable ! Mon père, puisque, par un bonheur extrême, le ciel vous redonne à mes vœux, souffrez qu’ici je me jette à vos pieds, pour vous supplier d’une chose.
Si vous n’êtes pas favorable au penchant de mon cœur, si vous me refusez Cléante pour époux, je vous conjure au moins de ne me point forcer d’en épouser un autre. C’est toute la grace que je vous demande.
Hé ! monsieur, laissez-vous toucher à ses prières et aux miennes ; et ne vous montrez point contraire aux mutuels empressements d’une si belle inclination.
Mon frère, pouvez-vous tenir là contre ?
Monsieur, serez-vous insensible à tant d’amour ?
Qu’il se fasse médecin, je consens au mariage. (À Cléante.) Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.
Très volontiers, monsieur. S’il ne tient qu’à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apothicaire même, si vous voulez.
Ce n’est pas une affaire que cela, et je ferois bien d’autres choses pour obtenir la belle Angélique.
Mais, mon frère, il me vient une pensée. Faites-vous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande, d’avoir en vous tout ce qu’il vous faut.
Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt ; et il n’y a point de maladie si osée que de se jouer à la personne d’un médecin.
Je pense, mon frère, que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d’étudier ?
Bon, étudier ! Vous êtes assez savant ; et il y en a beaucoup parmi eux qui ne sont pas plus habiles que vous.
Mais il faut savoir bien parler latin, connoître les maladies, et les remèdes qu’il y faut faire.
En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela ; et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.
Quoi ! l’on sait discourir sur les maladies quand on a cet habit-là ?
Oui. L’on n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.
Tenez, monsieur, quand il n’y auroit que votre barbe, c’est déjà beaucoup ; et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin.
En tout cas, je suis prêt à tout.
Voulez-vous que l’affaire se fasse tout à l’heure ?
Comment, tout à l’heure ?
Oui, et dans votre maison.
Dans ma maison ?
Oui. Je connois une Faculté de mes amies, qui viendra tout à l’heure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coûtera rien.
Mais moi, que dire ? que répondre ?
On vous instruira en deux mots, et l’on vous donnera par écrit ce que vous devez dire. Allez-vous-en vous mettre en habit décent. Je vais les envoyer querir.
Allons, voyons cela.